
2025-10-27
Ăcrit par Faouzia Zebdi-Ghorab
Au nom du prĂ©tendu fait, dĂ©sormais rĂ©pandu, selon lequel le prophĂšte de lâislam aurait Ă©tĂ© le premier, en son genre, Ă ĂȘtre le dĂ©fenseur de la NATURE⊠Nous avons ainsi des banques Ă©thiques qui vous proposent dâinvestir dans des produits neutres en COâ. Sâagit-il vĂ©ritablement dâun message destinĂ© aux clients, ou dâun instrument pour les instances censĂ©es rĂ©guler les bons et les mauvais Ă©lĂšves ? LĂ nâest pas notre problĂšme. Quoiquâil en soit, aujourdâhui, dans les recherches internet, vous pouvez trouver des requĂȘtes du type : « Quelle est la banque la plus Ă©cologique !? » Les banques Ă©cologiques : mythe ou rĂ©alitĂ© ? Nonobstant ce prĂ©liminaire, ce genre dâassociation entre nature et banque procure Ă elle seule, le vertige. Associer nature et homme, pourquoi pas ; mais nature et banque, il faut voir lĂ un tour de passe-passe dont nos sociĂ©tĂ©s sont devenues maĂźtres dans le domaine. Les musulmans de France et dâEurope, semble-t-il, se sont engouffrĂ©s dans le train de lâĂ©cologisme affichĂ©. Je nâose mĂȘme pas inclure lâexemple des USA dans cette valse, car la mandature de Trump a, parmi les nombreuses rĂ©solutions adoptĂ©es, le retour des pailles en plastique, ce qui le rendrait presque sympathique face Ă lâintĂ©grisme europĂ©en en la matiĂšre. Crocodiles ou humains : oĂč placer nos prioritĂ©s ? Il y a maintenant plusieurs annĂ©es, Coluche, lâhumoriste français Ă la rĂ©plique lĂ©gendaire, disait sur le ton de lâhumour : « En Afrique, ils Ă©lĂšvent des crocodiles, câest les crocodiles qui les mangent ! Il faudrait savoir, faut protĂ©ger les crocodiles ou les Africains ? » Il sâagit dâune excellente question lorsquâon sait que les crocodiles causent environ 1 000 dĂ©cĂšs humains (prĂ©cision indispensable de nos jours) chaque annĂ©e, principalement en Asie du Sud-Est et en Afrique, et que les attaques impliquant des enfants reprĂ©sentent jusquâĂ 66 % des cas mortels dans certaines rĂ©gions, on peut se demander si lâĂ©cologie ne soulĂšve pas un problĂšme plus vaste : celui de la place que lâon veut accorder Ă lâhomme dans ce XXIá” siĂšcle. DĂšs lâorigine, lâislam met en garde contre le gaspillage, non pas au nom du respect dâun concept de nature creux, mais au nom de lâĂ©thique. Pourquoi ? Parce que le gaspillage traduit une pensĂ©e utilitariste, centrĂ©e sur les moyens matĂ©riels au dĂ©triment des valeurs spirituelles et morales. Comme le remarque Hegel dans sa rĂ©flexion sur lâargent et la modernitĂ©, lâaccumulation et lâusage des biens matĂ©riels tendent Ă subordonner les fins humaines Ă des calculs dâefficacitĂ© et de profit, donnant naissance Ă ce qui sâapparente aujourdâhui Ă du nĂ©o-positivisme ou de lâutilitarisme. Si je commence Ă gaspiller, cela suppose que jâen ai les moyens ; et, ce faisant, les questions existentielles se retrouvent relĂ©guĂ©es derriĂšre des dĂ©sirs devenus inconsidĂ©rĂ©s, voire sans limites, simplement parce que les ressources permettent de les assouvir. Ăcologie et Ă©cologisme : quand lâĂ©thique se perd Vous lâaurez compris : nous avons Ă©largi la question du gaspillage Ă celle, plus vaste, de la politique de lâĂtat. Si une leçon contre le gaspillage doit sâimposer, elle doit lâĂȘtre proportionnellement aux moyens de chacun. Ainsi, si un SMICard fait don de 10 âŹ, il est tout aussi gĂ©nĂ©reux quâun Bernard Arnault offrant 10 millions dâeuros aux Restos du CĆur. Or, nos lunettes dĂ©formantes nous poussent Ă applaudir le second et Ă ignorer le premier. En rĂ©sumĂ©, si on gaspille, câest quâon en a les moyens. Et cela suppose aussi que ces moyens dĂ©passent lâentendement, câest-Ă -dire les lois les plus Ă©lĂ©mentaires qui doivent rĂ©gir les rapports entre les choses. Ăoliennes : Ă©cologie ou illusion verte ? Des Ă©oliennes, en veux-tu, en voilĂ ! Et gare Ă ceux qui les trouveraient laides. Car nous dit-on « les Ă©nergies renouvelables, et notamment les Ă©oliennes, sont les Ă©nergies les plus vertes qui nous permettront dâopĂ©rer une vraie transition Ă©nergĂ©tique respectueuse de la planĂšte. » Mais derriĂšre cette image verte se cache une rĂ©alitĂ© moins reluisante. Les Ă©oliennes, en particulier celles situĂ©es en mer, nĂ©cessitent lâutilisation dâalliages contenant des terres rares. Bien que prĂ©sents en faibles quantitĂ©s, ces matĂ©riaux soulĂšvent de vraies prĂ©occupations environnementales. Dâabord parce que leur extraction est souvent associĂ©e Ă des impacts Ă©cologiques significatifs, notamment la pollution des sols et des eaux. Et quâensuite il existe des risques de contamination radioactive en raison de la prĂ©sence de thorium et dâuranium dans certains gisements. Le nuclĂ©aire Ă©met moins de COâ que lâĂ©olien. Ă cela sâajoutent les nuisances sonores, la perturbation des Ă©cosystĂšmes, notamment le dĂ©tournement des oiseaux migrateurs de leurs trajectoires naturelles, et le fait que les Ă©oliennes ne sont pas recyclables Ă 100 %. Jeunes voix mĂ©diatisĂ©es : privilĂšge ou exception ? Greta Thunberg, du haut de ses 15 ans ou 16 ans Ă lâĂ©poque, a critiquĂ© lâUE devant le Parlement europĂ©en. Notre objectif nâest pas de discuter le contenu de ses propos, mais de parler de la maniĂšre dont cet Ă©vĂ©nement a Ă©tĂ© mĂ©diatisĂ© et instrumentalisĂ©, crĂ©ant un effet de matraquage autour du personnage. Il faut rappeler que lâinvitation dâun enfant Ă sâexprimer devant une assemblĂ©e parlementaire est extrĂȘmement exceptionnelle. Elle suppose un contexte particulier (notoriĂ©tĂ© mondiale ou tĂ©moignage crucial) et une dĂ©cision politique volontaire des instances du Parlement. Lâintervention de Greta Thunberg relĂšve donc dâun choix politique interne, et non dâun droit ou dâune procĂ©dure gĂ©nĂ©rale. De la mĂȘme maniĂšre, Malala Yousafzai, par son intervention et son engagement, est devenue une icĂŽne mondiale de la lutte pour lâĂ©ducation des filles. Mais quâen est-il dâautres jeunes voix, comme celles dâenfants palestiniens par exemple ? Ont-ils eu lâopportunitĂ©, dans des conditions comparables, de partager leurs tĂ©moignages devant les instances europĂ©ennes ? Ăcologisme et idĂ©ologies contemporaines » ou « Quand lâĂ©cologie rejoint les mouvements idĂ©ologiques Les interventions de Greta Thunberg et de Malala Yousafzai semblent sâinscrire dans la droite ligne dâune pensĂ©e idĂ©ologique, combinant Ă©cologie et fĂ©minisme. En revanche, dâautres tĂ©moignages sont relĂ©guĂ©s Ă la marge, considĂ©rĂ©s comme secondaires, voire ignorĂ©s, comme si leur importance devait cĂ©der devant la mise en avant de causes plus mĂ©diatiques, au dĂ©triment de questions fondamentales concernant la vie et la survie des enfants ; question autrement plus cruciales que celle de la prĂ©servation de la nature. LâĂ©cologie, poussĂ©e au forceps, sâinvite de plus en plus dans les discours du quotidien, adoptĂ©e par ceux que lâon pourrait qualifier dâesprit bourgeois, sans quâils disposent rĂ©ellement du statut Ă©conomique correspondant. Sâagit-il dâune lubie passagĂšre ? Nous aimerions le croire. Mais la genĂšse de cette tendance, son Ă©mergence soudaine sur le devant de la scĂšne et le soutien mĂ©diatique dont elle bĂ©nĂ©ficie indiquent que cette idĂ©alisation de la nature nâest peut-ĂȘtre que lâarbre qui cache la forĂȘt. Il est certes nĂ©cessaire de sâoccuper de la planĂšte. Mais qui se prĂ©occupe des hommes et de ce qui leur tombe dessus aujourdâhui ? Car, vous le savez, si « les fous de la dĂ©mocratie », Ă lâinsu des « fous de Dieu », dĂ©clenchaient une troisiĂšme guerre mondiale, le sort de la nature deviendrait alors secondaire, voire mĂȘme une non-question. Alors, le ProphĂšte (Que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) : Ă©colo ou pas Ă©colo ? Alors, le ProphĂšte (Paix et salut de Dieu sur lui) serait-il Ă©colo ou pas Ă©colo ? Le problĂšme est-il vraiment lĂ ? Le dĂ©veloppement de la vertu en islam implique, et mĂȘme oblige, dans un ordre prĂ©cis : dâabord la reconnaissance de Dieu, puis, de lĂ , le respect de soi en tant que crĂ©ature de Dieu, et enfin le respect des autres. Cela reste particuliĂšrement pertinent aujourdâhui, face Ă la diabolisation systĂ©matique de lâhomme. Aurions-nous rĂ©ellement besoin de rajouter Ă cette liste le respect⊠de la nature ? Eh bien, allons-y, voyons ce que nous trouvons dans la tradition musulmane sur la « nature ». Le mot « nature » ou áčabiâa (Ű·ÙŰšÙŰčŰ©) en arabe est introuvable dans le lexique coranique. VoilĂ un bel os Ă ronger offert aux dĂ©tracteurs professionnels de lâislam, sans compter celles et ceux qui, a contrario, essaieront de tordre le cou aux versets afin de prouver que le Coran parle dâĂ©cologie. Dans les textes de la tradition prophĂ©tique, le mot áčabiâa nâapparaĂźt pas non plus. Les concepts relatifs Ă la nature sont abordĂ©s sous dâautres termes, tels que « al-khalq » (la crĂ©ation), « al-ard » (la terre), « al-samaâ » (le ciel), « al-hayawan » (les animaux), et « al-shajar » (les arbres). Ces termes sont utilisĂ©s pour dĂ©crire la crĂ©ation divine et les Ă©lĂ©ments naturels, mais sans la connotation Ă©cologique moderne. Tout cela pour dire que la nature, ou plus prĂ©cisĂ©ment tout ce qui compose lâunivers, est rĂ©gie par des lois qui semblent ĂȘtre au service de lâhomme. Ces lois constituent des outils que lâhomme sâefforce, plus ou moins, de comprendre. Il lui revient de « faire de lâĂ©cologie » en respectant ces instruments, sans les dĂ©sintĂ©grer ni leur attribuer une volontĂ© qui ne leur a pas Ă©tĂ© donnĂ©e par Dieu. Ătymologie de lâĂ©cologie : Ă©tude et conservation Ă lâorigine, le mot « Ă©cologie », relativement rĂ©cent, renvoie Ă lâĂ©tude des relations entre les ĂȘtres vivants (cf. « logie », comme dans biologie, etc.). Progressivement, son sens a glissĂ© de lâĂ©tude Ă la conservation. Puis un ministĂšre lui a Ă©tĂ© dĂ©diĂ© : la « transition Ă©cologique et solidaire », MinistĂšre rebaptisĂ© depuis le 12 octobre 2025 « MinistĂšre de la Transition Ă©cologique, de la BiodiversitĂ© et des NĂ©gociations internationales sur le climat et la nature » Aujourdâhui, un ministre de la transition Ă©cologique est sensĂ© pouvoir endosser toutes les casquettes scientifiques : volcanologue, chimiste, biologiste, physicien, mĂ©tĂ©orologue, astrophysicien⊠Il parle au nom de toutes ces disciplines en prĂ©tendant les maĂźtriser, alors que chacune nĂ©cessite parfois une vie entiĂšre dâĂ©tudes et de sacrifices. Lui, prĂ©tend savoir tout sur tout, et donner avis et directives. De surcroĂźt, le terme Ă©co-logie est formĂ© sur le mĂȘme radical que Ă©co-nomie. Une rĂ©alitĂ© loin de lâĂ©cologie mĂ©diatique Dans des milieux ruraux abandonnĂ©s de tous, mais oĂč lâon nâoublie pas dâimposer le tri Ă©cologique Ă des personnes trĂšs ĂągĂ©es vivant esseulĂ©es â un tri qui les condamne Ă ne plus voir le camion-benne quâune seule fois toutes les deux semaines, les privant de ce misĂ©rable lien social â il est Ă©vident que les personnes ĂągĂ©es ne sont pas la prioritĂ©. Il faut sauver les baleines, la fonte des glaciers, la pollution de lâair, la couche dâozone, les forĂȘts tropicales et que sais-je encore⊠Mais qui, sur un plan purement factuel et chiffres Ă lâappui met rĂ©ellement ces espĂšces ou ces Ă©lĂ©ments en danger ? En revanche, ceux qui mettent en danger lâhumanitĂ© â par la guerre, la pauvretĂ©, les famines, les pandĂ©mies, le manque dâaccĂšs Ă lâeau potable ou Ă lâĂ©ducation⊠On focalise donc sur des causes mĂ©diatisĂ©es mais relativement indirectes ; des causes qui ignorent des urgences qui touchent directement des millions de vies humaines, tout en donnant lâimpression de « sauver la planĂšte ». La maison brĂ»le : qui faut-il sauver ? Minimalisme, culpabilisation permanente, critique perpĂ©tuelle des consommateurs : voilĂ les nouveaux mots dâordre. Il ne suffit plus dâĂȘtre sobre, il faut dĂ©sormais, dans une surenchĂšre terminologique sans fin, devenir des « consom-acteurs », ou encore des « citoyens responsables », comme si chaque achat relevait dâun acte moral. Les vrais coupables de lâĂ©cologie punitive De cette masse dâhommes et de femmes contraints de payer dix fois plus cher un produit quâils ont, souvent, contribuĂ© Ă fabriquer ailleurs. Aurait-on idĂ©e de qualifier nos Ă©lites politiques, industrielles ou financiĂšres de « simples consommateurs » ? Non. Eux contrĂŽlent, orientent, Ă©duquent mĂȘme, ces « vilains consommateurs » accusĂ©s de polluer la planĂšte. Et, inversion suprĂȘme, ce sont ces mĂȘmes Ă©lites qui se prĂ©sentent comme les sauveurs, ceux qui « offrent du travail » et « accompagnent la transition ». Ironie tragique : sans ces travailleurs quâon blĂąme, aucune richesse ne serait produite. Cherchez lâerreur, quand beaucoup, parmi les plus concernĂ©s, ne la voient plus. La culture humaine face Ă la nature : rĂ©alitĂ© ou idĂ©alisation ? Par ailleurs, les plus acharnĂ©s dĂ©fenseurs de la nature connaissent-ils vraiment lâobjet dont ils parlent ? Ne nous a-t-on pas toujours appris que la culture Ă©tait prĂ©cisĂ©ment ce que lâhomme avait arrachĂ© Ă la nature pour se construire un monde vivable ? Nous aimons la nature, certes, mais sous la forme des paysages que lâhomme a façonnĂ©s, cultivĂ©s, amĂ©nagĂ©s au fil des siĂšcles pour y survivre et sây Ă©tablir. Sans cette transformation, nous ne serions pas diffĂ©rents de troupeaux « respectueux » de la nature, errant de prairie en prairie Ă la recherche dâune herbe plus verte. Les routes, les maisons, les appartements, les villes mĂȘmes ont Ă©tĂ© gagnĂ©s sur la nature â et nul ne songe Ă sâen plaindre. Mieux encore, nous devrions souhaiter que chaque ĂȘtre humain sur cette planĂšte puisse accĂ©der Ă ce mĂȘme confort, au lieu de le culpabiliser Ă y aspirer. Alors que dâautres se paient le luxe de voyages touristiques dans lâespace. Ăcologie pour les uns, survie pour les autres Quelle indĂ©cence, lorsque certains, au nom de lâĂ©cologie, souhaitent que lâAfrique reste « authentique » ou que dâautres pays demeurent « traditionnels » et « folkloriques », afin de pimenter leurs voyages ! On ne prĂ©serve pas la nature au dĂ©triment dâenfants qui, chaque jour, risquent leur vie pour aller Ă lâĂ©cole, blottis dans une misĂ©rable pirogue, tentant dâĂ©viter crocodiles et autres prĂ©dateurs. Tous les ĂȘtres humains ont le droit de se moderniser et donc de consommer (eh oui !) et de sortir de chez eux sans craindre dâĂȘtre dĂ©vorĂ©s par un lion, simplement parce quâune nouvelle loi aurait interdit de les chasser. Toutes les grandes enseignes, dĂ©sormais si vertueusement « Ă©colos », se sont engouffrĂ©es dans la brĂšche : elles font flamber le prix du « bio », transforment la bonne conscience en argument de vente, et continuent dâengranger des profits. Hypocrisie Ă©cologique : un coĂ»t pour les plus faibles Des personnes ĂągĂ©es, dont les retraites ne sont plus indexĂ©es sur lâinflation, voient chaque mois leur pouvoir dâachat sâĂ©roder un peu plus. Elles doivent choisir entre se chauffer ou se nourrir, entre acheter leurs mĂ©dicaments ou payer une facture dâĂ©lectricitĂ© « verte » bien Ă©videmment ! Un scandale dâautant plus grand quâil est traitĂ© comme une fatalitĂ© budgĂ©taire, pendant quâon dĂ©verse des milliards dans des projets dits « durables » dont personne ne comprend vraiment lâutilitĂ© concrĂšte, car sur le fond il nây a rien Ă comprendre. Pendant quâune octogĂ©naire compte ses centimes pour acheter une baguette, on applaudit des confĂ©rences internationales au budget faramineux, oĂč lâon promet de sauver la planĂšte Ă coups de panels, de dĂ©clarations et de subventions vertes. LâĂ©cologie ne serait-elle quâun prĂ©texte commode pour justifier des politiques de rigueur ? Et tout cela dans un concert mĂ©diatique sans prĂ©cĂ©dent. Chaque semaine, une nouvelle « catastrophe Ă©cologique » est annoncĂ©e : la disparition imminente dâune espĂšce, la montĂ©e des eaux, lâĂ©tĂ© le plus chaud de lâhistoire, les feux « dĂ©vorants » Avant quâun rapport, quelques mois plus tard, ne nuance ou ne contredise ces affirmations. Mais le mal est fait : lâopinion est saturĂ©e de peur, anesthĂ©siĂ©e par le catastrophisme en sĂ©rie. Pendant ce temps, la misĂšre silencieuse, la solitude, les morts de froid, les enfants sous-alimentĂ©s, trop banales, trop familiĂšres, ces rĂ©alitĂ©s ne sont justement pas assez spectaculaires pour nourrir la grande dramaturgie verte. La nature reprend ses droits : la rĂ©alitĂ© contre lâidĂ©ologie Pour peu que lâon vive au contact de la rĂ©alitĂ©, on sait que la nature reprend toujours ses droits â ou, plus exactement, que ses lois demeurent constantes et immuables. Souvenez-vous de cette pĂ©riode dâenfermement collectif durant le Covid : les rues dĂ©sertes, les villes figĂ©es. On y vit des animaux sauvages sâaventurer jusque dans les centres urbains, des herbes folles envahir les trottoirs, des plantes reprendre racine dans les maisons inhabitĂ©es. La nature nâavait pas disparu ; elle attendait simplement que lâhomme sâĂ©carte. Aujourdâhui encore, dans le pĂ©rimĂštre dâune agglomĂ©ration de prĂšs de 100 000 habitants, il nâest pas rare de filmer la nuit des renards trottant tranquillement dans les allĂ©es des parcs â images Ă lâappui. Les bĂȘtes sont redevenues familiĂšres, des sortes dâamis imposĂ©s Ironie du sort : au moment mĂȘme oĂč les animaux retrouvaient leur libertĂ©, durant le confinement Covid, des millions dâenfants Ă©taient enfermĂ©s comme en cage, privĂ©s dâair, de mouvement, de lien, et ceci pendant des mois. Une situation sans prĂ©cĂ©dent dans lâhistoire des grandes Ă©pidĂ©mies humaines. La nature sacrifiĂ©e Ă lâidĂ©ologie Si vous faites partie de ces gens qui produisent la richesse de ce pays, vous nâavez tout simplement pas le temps pour toutes ces lubies que veulent vous imposer ceux qui sacralisent la NATURE plus encore que la force de travail de lâemployĂ© qui leur permet ainsi de prendre un jet privĂ© ou en hĂ©licoptĂšre pour parcourir vingt kilomĂštres. Quâon sâentende bien : il ne sâagit pas de leur souhaiter de parcourir cette distance Ă pied, ni mĂȘme Ă vĂ©lo. Chacun mĂšne sa vie selon lâĂ©thique quâil sâest â ou non â imposĂ©e. Mais il serait bon que ceux qui prĂȘchent la sobriĂ©tĂ© commencent par appliquer Ă eux-mĂȘmes les principes quâils veulent voir sâimposer aux autres. Que les riches soient riches, et mĂȘme encore plus riches, cela nâest pas en soi un mal. Il est sans conteste prĂ©fĂ©rable dâĂȘtre riche et en bonne santĂ© que pauvre et sans le sou â et, pour sourire, citons ce propos glanĂ© sur un rĂ©seau : « Si je suis triste, je prĂ©fĂšre pleurer dans une Ferrari. » Richesse et responsabilitĂ© Ă©thique en islam Plus sĂ©rieusement, il importe de prĂ©venir toute lecture simpliste : il ne sâagit pas ici dâopposer riches et pauvres. La lutte des classes dans sa forme marxienne nâappartient pas Ă la tradition islamique, qui voit dans la richesse non un privilĂšge, mais une responsabilitĂ© Ă©thique et sociale. DĂ©boiser lâhomme plutĂŽt que la nature : un scandale Ce qui est scandaleux, câest quâaujourdâhui on tolĂšre davantage de « dĂ©boiser des humains » que de dĂ©boiser une forĂȘt ou dâarracher une brindille. La question nâest donc pas celle de la prĂ©servation de la NATURE, mais bien celle de la place de lâhomme, dĂ©sormais relĂ©guĂ© au-dessous de la nature, câest-Ă -dire des arbres et des bĂȘtes. Lâhomme nâest mĂȘme plus considĂ©rĂ© Ă Ă©galitĂ© avec la nature., ce qui serait dĂ©jĂ un moindre mal, mais comme une menace dont il faut neutraliser les effets. Nous assistons peut-ĂȘtre Ă lâĂ©mergence dâun nouveau fascisme vert, oĂč la nature devient lâalibi dâun pouvoir moral, Ă©conomique et symbolique. Alors, Ă©colos de tous bords â et donc Ă©galement musulmans â, passez votre chemin : votre combat nâest pas le mien. Le mien demeure celui de la dignitĂ© humaine avant toute chose. Faouzia Zebdi-GhorabDerriĂšre le sacre de lâĂ©thique environnementale se cache un dĂ©ni du respect de lâĂȘtre humain. Câest lâune des thĂšses dĂ©fendues dans la derniĂšre chronique de lâĂ©crivain et intellectuelle Faouzia Zebdi-Ghorab Ă lire sur Mizane.info.


Serait-ce, au fond, moins une question scientifique, quâune affaire de fric et de privilĂšges pour les nantis ?
Je ferai sans doute hurler, mais seulement ceux qui pratiquent lâĂ©cologie depuis leurs bureaux, leurs Ă©crans ou leurs claviers. Ceux-lĂ se fĂ©licitent de ne plus utiliser de pailles en plastique dans les fast-foods, tout en buvant Ă mĂȘme des canettes couvertes de bactĂ©ries.
Pendant ce temps, dâautres, au nom de cette mĂȘme Ă©cologie, se privent des produits les plus Ă©lĂ©mentaires dans une sociĂ©tĂ© fondĂ©e sur lâabondance et le gaspillage.
Souvenez-vous de cet employĂ© licenciĂ© pour avoir rĂ©cupĂ©rĂ© un melon pourri dans la benne dâun supermarchĂ© : voilĂ peut-ĂȘtre la plus triste parabole du monde moderne.
>Rappelons dâailleurs que ce furent les riches de La Mecque qui, les premiers, ont soutenu le ProphĂšte et permis Ă sa mission de survivre face aux attaques de ses adversaires.
Lâislam nâa jamais condamnĂ© la richesse, mais lâinjustice et lâostentation.