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Maurice Audin, mémoire d’un héros français

Maurice Audin, mémoire d’un héros français

2026-06-24

Écrit par Ibrahim Madras

Le 21 juin 1957, le militant anticolonialiste et mathématicien Maurice Audin est assassiné après son arrestation par l’armée française à Alger durant la guerre d’Algérie. Longtemps présentée comme une évasion, sa mort n’a été officiellement reconnue - par l'État Français - comme résultant de la torture par des militaires français qu’en 2018, après des décennies de mobilisation de sa famille, d’historiens et de militants. Portrait.

En 1957, la bataille d’Alger ensanglante la capitale de l’Algérie colonisée. Le général français Massu a reçu les pleins pouvoirs pour « rétablir l’ordre » par tous les moyens, y compris les plus brutaux. Maurice Audin, militant anticolonialiste, est arrêté par les parachutistes le 11 juin. Sa famille ne le reverra jamais. Le jeune homme est officiellement « disparu » : l’armée affirme alors qu’il s’est évadé lors d’un transfert. Il faudra 61 ans pour que l’État français reconnaisse que Maurice Audin a été torturé et assassiné par l’armée française.

Enfance, étude et engagement

Né en 1932 dans une famille modeste, Maurice Audin est le fils d’un militaire en poste successivement en Tunisie puis en Algérie. Il suit un temps une formation militaire, suffisamment longtemps pour comprendre que ce n’est pas sa voie. Il entre à l’université d’Alger en novembre 1949 et obtient un diplôme d’études supérieures en mathématiques en 1953. Il devient alors assistant de René de Possel, enseigne à l’université tout en préparant une thèse sous sa direction.

Son engagement politique débute en 1951 lorsqu’il adhère au Parti communiste algérien. Anticolonialiste convaincu, il milite pour l’indépendance de l’Algérie aux côtés des Algériens opposés à l’ordre colonial. Il participe à la diffusion de la presse communiste et apporte un soutien logistique aux militants entrés dans la clandestinité.

En 1953, Maurice Audin épouse, lors d’un mariage civil, Josette Sempé, rencontrée sur les bancs de la faculté. Ils auront trois enfants : Michèle (1954), Louis (1955) et Pierre (1957). Les dernières années de sa vie sont marquées à la fois par l’avancement de sa thèse et par son engagement politique. Son travail scientifique est prometteur et donne lieu à six notes publiées aux Comptes rendus de l’Académie des sciences.

L'affaire Audin

C’est alors qu’il héberge Paul Caballero, l’un des dirigeants du Parti communiste algérien, recherché et devant être soigné par un médecin du parti, que les parachutistes remontent jusqu’à lui. Ils l’arrêtent à son domicile le 11 juin 1957. Il est ensuite torturé puis assassiné par l’armée française, ce que l’État français ne reconnaîtra officiellement que 61 ans plus tard. La version officielle soutient alors qu’il se serait évadé le 21 juin lors d’un transfert et que sa trace aurait été perdue.

La disparition de Maurice Audin suscite une forte émotion en France. Un comité est créé dès novembre 1957 autour de plusieurs personnalités, parmi lesquelles les mathématiciens Laurent Schwartz et Albert Châtelet. Son objectif est d’établir la vérité sur la disparition du jeune universitaire.

Une enquête menée par l’historien Pierre Vidal-Naquet, publiée sous le titre L’Affaire Audin, démontre que l’évasion était impossible et conclut que Maurice Audin est vraisemblablement mort le 21 juin 1957 au cours d’une séance de torture, assassiné par un officier placé sous les ordres du général Massu.

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La mémoire des disparus et des torturés

L’histoire de Maurice Audin est à la fois singulière et emblématique. Singulière parce que son statut d’Européen, d’universitaire et de communiste a favorisé une importante mobilisation en France autour de son cas. Singulière aussi parce que son épouse n’a jamais laissé le silence recouvrir son histoire. Mais cette affaire est également emblématique car, au-delà de Maurice Audin, ce sont des milliers, voire des dizaines de milliers d’Algériens qui ont été arrêtés arbitrairement, torturés, battus ou assassinés sans procès, avec l’assentiment au moins tacite des autorités militaires et politiques de l’époque.

En Algérie, le nom de Maurice Audin demeure associé à la mémoire des disparus, des torturés, des militants traqués et de toutes les victimes de la guerre coloniale. Son assassinat renvoie à une histoire plus vaste : celle d’un système colonial fondé sur la domination, la violence, le racisme et le déni d’humanité.

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Une réelle figure patriote

Jusqu’en 2018, les autorités françaises ont soutenu qu’il s’était évadé. Pour que la France reconnaisse que Maurice Audin a été torturé et assassiné par des militaires français, il aura fallu le combat obstiné de militants, d’historiens, d’intellectuels et, bien sûr, de sa famille : son épouse Josette ainsi que ses enfants Michèle et Pierre.

Alors que des situations de domination et d’occupation continuent d’exister dans différentes régions du monde, notamment en Palestine, rendre hommage à des figures françaises engagées et conscientes comme Maurice Audin demeure une démarche nécessaire et un modèle de référence pour toute une nouvelle génération en France.

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