
2026-06-16
Écrit par Ibrahim Madras
Après des semaines de négociations et de déclarations contradictoires, le président américain Donald Trump a finalement annoncé, dimanche, un protocole d’accord avec l’Iran visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur l’ensemble des fronts, y compris au Liban. Entre absence de gains sécuritaires et marginalisation diplomatique, cet accord est perçu en Israël comme un revers stratégique majeur. Un accord « négocié au-dessus de la tête d'Israël » Depuis l'annonce de l'accord, les critiques contre Benyamin Netanyahou se multiplient. De la gauche israélienne incarnée par Yaïr Golan jusqu’à la droite de Naftali Bennett, l’opposition dénonce un accord conclu entre Washington et Téhéran sans prise en compte des intérêts sécuritaires d’Israël. « Ce matin, les citoyens israéliens se réveillent en découvrant un accord conclu entre les États-Unis et l'Iran, négocié au-dessus de la tête d'Israël, sans son consentement ni sa participation », a commenté lundi Yaïr Golan, chef du parti israélien Les Démocrates. Yaïr Lapid, chef de l’opposition centriste, se montre tout aussi critique : « Le régime iranien survit, les programmes sur les missiles balistiques et le nucléaire iranien se poursuivent », déplore-t-il, estimant qu’Israël a été traité comme « un protectorat recevant des instructions concernant sa sécurité nationale » de la part des États-Unis. L’opération « Lion rugissant » est un échec L’opération « Lion rugissant », nom donné à la campagne militaire menée conjointement avec Washington contre l’Iran, apparaît comme un échec. Alors qu’elle visait à affaiblir, voire renverser le régime iranien, elle aurait produit l’effet inverse : « L’Iran sort renforcé de cette dernière escalade sur les plans économique, diplomatique et sécuritaire », constate amèrement le chercheur israélien Dani Citrinowicz. « C’est une catastrophe vue d’Israël », tranche Laure Foucher, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique. « Israël voulait éviter de lier les deux fronts [Iran et Liban], afin de conserver une plus grande marge de manœuvre ». Or, l’accord instaure de facto un cessez-le-feu dans le sud du Liban, où l’armée israélienne poursuivait ses opérations militaires. Le début d’une fissure entre Israël et les États-Unis ? Au-delà de l’accord lui-même, c’est un changement plus profond de la politique américaine qui se dessine. Israël a été tenu à l’écart des discussions diplomatiques. « Jusqu’ici, la logique des Etats-Unis était de détruire et d’imposer le désarmement par la force. Maintenant, l’Amérique négocie avec un pays voué à la destruction d’Israël », résume le diplomate français Jean de Gliniasty. Quelques heures après l’annonce de l’accord, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a rapidement affirmé que les troupes israéliennes resteraient déployées au Liban, en Syrie et à Gaza pour une durée indéterminée. « La seule chose qu'Israël peut faire est de dire : "d'accord, nous avons compris, nous acceptons le cessez-le-feu" », tempère toutefois Michael Milshtein, ancien membre du renseignement militaire israélien. Évoquant un « déclin de l'influence d'Israël à Washington », l’expert sécuritaire Michael Horowitz observe que « non seulement Trump a ignoré Israël, mais il a, de fait, décidé à la place d'Israël, sans le consulter ni même le prévenir ». Le début d’une fissure entre Israël et les États-Unis ? L'opération « Lion rugissant », nom donné à la campagne militaire lancée conjointement par Israël et les États-Unis contre l'Iran, a « échoué ». L’accord annoncé hier entre Washington et Téhéran est vu en Israël comme un revers stratégique, largement perçu comme une victoire de la République islamique d’Iran.