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Irak : Al-Mutanabbi, la rue où les livres ne trouvent plus leurs lecteurs

Irak : Al-Mutanabbi, la rue où les livres ne trouvent plus leurs lecteurs

2026-06-23

Écrit par Ibrahim Madras

Selon les libraires de la rue Al-Mutanabbi à Bagdad, célèbre marché du livre irakien, les ventes sont en forte baisse. Un phénomène attribué à la concurrence du numérique, à l’essor des réseaux sociaux, à la diminution du pouvoir d’achat et au recul des habitudes de lecture, des difficultés qui touchent également les marchés du livre en Occident.

Dans la rue Al-Mutanabbi, cœur historique du marché du livre à Bagdad, les libraires constatent une chute marquée des ventes. Un reportage publié le 11 juin par Arab News souligne l’impact combiné du numérique, des réseaux sociaux, de la baisse du pouvoir d’achat et du recul des habitudes de lecture longue, des difficultés qui rappellent celles observées dans de nombreux pays occidentaux.

Une fréquentation en net recul

À Bagdad, la rue Al-Mutanabbi conserve ses étals chargés d’ouvrages, ses librairies anciennes et ses livres rares. Mais le vendredi, jour d’affluence, les vendeurs décrivent désormais une fréquentation en net recul. Dans un reportage de l’AFP, plusieurs libraires expliquent vendre très peu, malgré des ouvrages parfois proposés à moins d’un dollar.

Hussein Ali, libraire de 70 ans installé depuis des décennies sur le trottoir, illustre cette évolution par son propre parcours. Il affirme qu’il vendait plus de 50 livres lors d’une journée similaire il y a trente-cinq ans, contre à peine cinq aujourd’hui. L’AFP rappelle que cette rue, baptisée en hommage au poète du Xe siècle Abou Al-Tayyib Al-Mutanabbi, demeure un haut lieu culturel où se côtoient ouvrages arabes et anglophones, de la psychologie à l’astrologie.

Déclin de la lecture "longue" pour le "speed reading"

La richesse de cette offre ne suffit toutefois plus à faire vivre le marché comme autrefois. Si les livres demeurent présents et les échanges intellectuels persistent, les achats se raréfient. Plusieurs habitants interrogés pointent l’évolution des usages et des modes de consommation culturelle. Issa Adnan, ingénieur informatique, explique privilégier les ouvrages disponibles en ligne, plus faciles d’accès et plus rapides à obtenir.

Il reconnaît également s’être éloigné de la lecture de romans ou d’essais philosophiques, dans un contexte où la rapidité et l’immédiateté dominent. Les libraires considèrent aussi les réseaux sociaux comme un concurrent majeur dans la bataille pour l’attention des lecteurs.

À 26 ans, le libraire Abdullah Abdulazim utilise lui-même ces plateformes pour faire connaître sa boutique, tout en constatant une diminution constante du nombre de visiteurs. Il confie que « parfois les bénéfices soient maigres, parfois inexistants ».

« Sans Internet, c'est comme si nous allions mourir »

Ce déclin touche un lieu chargé d’histoire. La rue Al-Mutanabbi a survécu aux guerres, aux sanctions et aux violences qui ont marqué l’Irak. Malgré les travaux de rénovation réalisés ces dernières années, les commerçants affirment que la fréquentation n’a jamais retrouvé son niveau d’antan.

L’écrivain Hakim Al-Shammari affirme ainsi avoir commencé à distribuer gratuitement son dernier livre à des ministères et institutions face au désintérêt grandissant pour la lecture. Dans le café voisin, où se retrouvent encore intellectuels et passionnés de littérature, Ismail Al-Bayati dresse un constat préoccupant : « Le monde actuel est dans un état comparable à celui d'un toxicomane privé de drogue… Sans Internet, c'est comme si nous allions mourir ».


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