
2026-06-30
Écrit par Ibrahim Madras
Le 11 juin 2026, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a réuni à Matignon l’ensemble des formations politiques afin de présenter un bilan des ingérences numériques étrangères lors des élections municipales. À cette occasion, il a mis en garde contre de « lourdes menaces » pesant sur la prochaine élection présidentielle. Dans le viseur : ELNET France (European Leadership Network), un réseau de lobbying pro-israélien, actif depuis plus de 15 ans. ELNET, un acteur identifié dans les rapports de Viginum Il y a quelques semaines, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum) a détecté l’existence d’un nouveau réseau de sites et de comptes sur les réseaux sociaux baptisé RokhSolis. Une entreprise israélienne, Blackcore, serait « probablement à l’origine ». Dans le viseur de cette campagne de désinformation : La France insoumise, dont plusieurs candidats aux municipales auraient été la cible de fausses accusations de viols, de pédophilie et de soutien aux actes terroristes du Hamas. À six reprises dans le rapport de Viginum, un même nom apparaît : Elnet. Officiellement dédié au rapprochement entre l’Europe et Israël, ce réseau dispose d’une accréditation de lobby auprès de la HATVP pour ses activités au Parlement. Avec ses antennes présentes dans plusieurs pays européens, Elnet présente, selon le rapport, les caractéristiques d’un acteur d’influence étranger. « Sur X, TikTok et Facebook, les publications provenant de comptes du MOI Rokh Solis semblent soutenues par des réseaux de comptes inauthentiques liés entre eux et déjà impliqués dans le relais de publications en lien avec ELNET », synthétise Viginum. Un écosystème au service d'Israël Longtemps discret, le lobby pro-israélien ELNET est désormais au centre des interrogations sur les ingérences étrangères en France. À travers voyages financés, conférences et relais institutionnels, l’organisation a progressivement consolidé son influence au service des intérêts israéliens. Le média BLAST rappelle, dans une enquête, qu’Arié Bensemhoun, directeur d’ELNET France, déclarait dès 2010 vouloir adapter en France les méthodes d’influence développées aux États-Unis. Le même responsable affirmait sur Radio J le 7 décembre 2023 qu’il n’y a pas d’innocents à Gaza : « Nous avons affaire à une société de barbares qui a commis le pire des crimes et ils en portent tous d’une certaine manière une forme de responsabilité collective ». Influence politique, financements et stratégie d’implantation L’objectif d’Elnet en Europe serait d’accroître l’exposition des responsables politiques européens à la vision israélienne des conflits régionaux. Un document stratégique cité par Blast souligne que seuls 12 % des parlementaires européens auraient visité Israël, contre 85 % des élus américains. ELNET revendique par ailleurs un modèle inspiré de l’AIPAC, puissant lobby pro-israélien aux États-Unis. Selon des données recueillies par Blast, plus de 90 voyages de parlementaires français auraient été financés par ELNET depuis 2019, faisant de l’organisation l’un des groupes de pression les plus actifs auprès des élus français sur les questions internationales. Depuis le 7 octobre 2023, ELNET a multiplié conférences et rencontres politiques réunissant responsables publics, éditorialistes et personnalités culturelles dans le cadre d’événements « Agir Ensemble ». Vers une inscription au registre des représentants d’intérêts étrangers Selon Marianne (juin 2026), la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) envisage d’inscrire ELNET au registre des représentants d’intérêts agissant pour le compte d’une puissance étrangère. Une décision qui constituerait une première pour une organisation affichant la promotion des intérêts stratégiques d’Israël auprès des élites européennes.À l’approche de la présidentielle, les autorités françaises s'intéressent de près à ELNET France, un réseau de lobbying pro-israélien, actif depuis plus de 15 ans auprès des responsables politiques et médiatiques européens. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique souhaite désormais l’inscrire au répertoire de l’influence étrangère.