
2026-07-22
Écrit par Rédaction
Nagib Azergui est le président et fondateur de l'Union des démocrates musulmans français. A l'initiative d'une pétition réclamant l'abrogation de la loi du 15 mars 2004 interdisant le port du voile à l'école, il répond aux questions de Mizane.info. Mizane.info : Nous savons qu’une pétition (aussi populaire soit-elle) ne peut – par principe – faire abroger une loi (de surcroît votée il y a plus d’une décennie). Sachant cela, quel est donc l’objectif concret de cette campagne ? Nagib Azergui : Vous avez raison : une pétition n’a pas, à elle seule, le pouvoir d’abroger une loi. Notre objectif n’est donc pas de faire croire qu’un certain nombre de signatures suffira à modifier le droit. Cette pétition est avant tout un outil de mobilisation citoyenne et de sensibilisation surtout à l’approche des élections présidentielles où certains candidats courtisent l’électorat musulman. Depuis plus de vingt ans, la loi de 2004 est devenue un sujet sur lequel le débat politique est verrouillé. Beaucoup considèrent qu’il est impossible d’en discuter sereinement, tant le consensus politique paraît installé. Pire encore, bon nombre de commentateurs expliquent aujourd’hui que cette loi a été acceptée et compris par la communauté musulmane puisque sur cette question du voile à l’école une large majorité des organisations musulmanes sont restés (et restent inaudibles). Notre démarche consiste donc précisément à rouvrir ce débat démocratique et à faire entendre nos voix. Une loi de cette importance, qui continue d’avoir des conséquences concrètes sur la vie de milliers de jeunes filles et leurs familles, doit pouvoir être discutée, évaluée et, le cas échéant, remise en question. Cette pétition constitue également un levier dans le cadre de notre campagne « Interpellez vos candidats » (https://parti-udmf.fr/15mars2004.html). Nous invitons les citoyens à demander aux candidats à l’élection présidentielle de sortir de l’ambiguïté et de dire clairement s’ils souhaitent maintenir cette loi qu’ils ont majoritairement voté ou s’ils sont favorables à son abrogation. À nos yeux, la démocratie suppose que les électeurs connaissent précisément les positions des candidats sur ces grandes questions. Enfin, cette campagne a aussi pour objectif de montrer qu’une partie de la population souhaite que cette question revienne dans le débat public. Plus le soutien citoyen sera important, plus il sera difficile pour les responsables politiques d’ignorer cette demande et d’affirmer que les musulmans sont favorables à cette loi islamophobe. Lire la pétition : https://urls.fr/KYJTiQ Vous précisez : « Cette pétition s’inscrit dans le cadre de la campagne citoyenne “Interpellez vos candidats”, qui invite chaque candidat à l’élection présidentielle à prendre clairement position sur l’abrogation de la loi du 15 mars 2004 ». Est-ce que cela concerne l’ensemble des candidats, peu importe leurs bords politiques ? Leur demandez-vous une position publique contre cette loi ou bien l’abrogation pure et simple ? N.A : Cette campagne s’adresse effectivement à l’ensemble des candidats, sans aucune distinction de sensibilité politique même si nous savons que ceux qui en seront le plus sensibles sont ceux qui convoitent le vote musulman. C’est également un moyen de pression supplémentaire envers les autres candidats de la droite extrême pour montrer notre pleine citoyenneté. Notre démarche est fondée sur un principe simple : chaque candidat qui aspire à exercer la plus haute fonction de l’État doit pouvoir répondre clairement à une question qui concerne une partie importante de la population française. Chaque candidat doit rendre des comptes sur cette question. Nous leur demandons donc une position publique, explicite et sans ambiguïté. Sont-ils favorables au maintien de cette loi ou à son abrogation ? Nagib Azergui. Vous êtes le fondateur de l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF). Pourriez-vous nous en dire plus sur votre parti (pourquoi ce parti, orientation politique, premiers résultats, réception auprès de la communauté et des médias…) ? Présenter un parti confessionnel n’est-il pas en contradiction avec les principes de la laïcité en France ? L’UDMF est née d’un constat : les citoyens français sont clairement devenus depuis plusieurs décennies des proies électorales jetés en pâture par une majorité des politiques. Pour nous, le constat est simple et sans ambiguïté : À un problème politique, une réponse politique s’impose. Notre objectif n’a jamais été de constituer un parti religieux. Nous sommes un parti politique républicain qui participe au débat démocratique dans le respect des institutions de la République et qui militent ouvertement pour les intérêts des citoyens musulmans face à cette cabale dirigée contre eux. Notre programme dépasse très largement les seules questions liées aux musulmans. Il traite des enjeux économiques, sociaux, éducatifs, environnementaux, institutionnels ou encore internationaux. En revanche, nous assumons également de porter des sujets qui concernent les libertés publiques et la lutte contre toutes les formes de discrimination, y compris celles qui touchent les musulmans. S’agissant de la laïcité, nous ne pensons pas qu’il existe une contradiction. La laïcité garantit la neutralité de l’État, pas celle des citoyens ni celle des partis politiques. Il existe d’ailleurs en France des partis qui revendiquent une inspiration écologiste, régionaliste, chrétienne, souverainiste, libérale ou encore animaliste. De la même manière, des citoyens français de confession musulmane peuvent parfaitement s’engager politiquement dans le cadre républicain. Concernant notre réception, nous avons connu une progression régulière depuis la création de l’UDMF. Nous avons participé à plusieurs élections tant locales avec les municipales, les départementales où les régionales que nationale avec les européennes. Nous continuons à développer notre implantation locale. Si notre accès aux grands médias demeure limité, les réseaux sociaux et les médias indépendants nous permettent aujourd’hui de toucher un public de plus en plus large. Étant donné le nombre actuel de signatures de votre pétition et le manque de relais global, pensez-vous que les musulmans de France sont réellement désireux de faire abroger la loi de 2004 ? Je serais prudent avant de tirer une conclusion à partir du nombre actuel de signatures et de plus durant cette période estivale particulièrement calme. Pour nous l’objectif est de préparer cette offensive pour la rentrée et de mettre toutes les conditions pour la stimuler dès à présent. Cette pétition est très récente et elle n’a pas encore bénéficié d’une diffusion importante. Nous sommes encore au début de la campagne. Je sais que beaucoup de citoyens considèrent à tort que cette loi est désormais installée durablement et qu’il serait illusoire de vouloir la remettre en cause. D’autres craignent que le simple fait d’ouvrir ce débat ne suscite de nouvelles polémiques ou ne conduise à une stigmatisation accrue. Il existe également une forme de résignation qui s’est installée au fil des années. Lorsqu’une loi est en vigueur depuis plus de vingt ans, beaucoup finissent par penser qu’elle ne pourra jamais être modifiée. C’est précisément pour cette raison que nous avons lancé cette campagne. Nous souhaitons rappeler que, dans une démocratie, il n’y a pas de fatalité et qu’aucune loi ne devrait être considérée comme intangible. Les grandes réformes naissent souvent de débats qui semblaient impossibles quelques années auparavant. Au-delà du nombre de signatures, notre objectif est donc de remettre cette question dans le débat public et d’obtenir des candidats qu’ils prennent clairement position devant les électeurs. Nous pensons que ce débat mérite d’avoir lieu. Propos recueillis par la rédaction