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lundi 22 avril 2024

Comprendre l’impunité d’Israël en cinq questions

Pourquoi Israël jouit-elle d’un soutien inconditionnel des Etats-Unis ? Pourquoi l’ONU et le monde arabo-musulman sont-ils impuissants face aux violations du droit international ? La réponse d’Ahmadou Makhtar Kanté en cinq points pour Mizane.info.

5 jours après l’opération déclenchée par le Hamas et la reprise de la guerre avec Israël, 5 mêmes questions reviennent. Depuis au moins la guerre de 1967, l’Etat d’Israël ne cesse de coloniser, d’annexer, d’apartheidiser et de détruire les villes, les villages, les quartiers, et les maisons des palestiniens qui y habitent ou y habitaient depuis des siècles. A cela s’ajoute les répressions meurtrières des soulèvements légitimes au nom du droit reconnu par le monde entier à tout peuple, de défendre ses terres et ses biens matériels comme symboliques, et les emprisonnements injustes d’adultes, de femmes et d’enfants de ce peuple abandonné à lui-même. De ce qui précède, il semble que l’Etat d’Israël soit situé en dehors et au-dessus du droit international. Comment expliquer cet état de fait ? 5 questions peuvent nous permettre d’y répondre.

Pourquoi depuis 1967, Israël jouit-elle d’une impunité totale ?

Ce n’est pas qu’Israël n’est pas sanctionné, il l’a été et l’est par un grand nombre de résolutions des Nations unies et les déclarations de la communauté internationale notamment les défenseurs des droits des peuples au respect de leur dignité et à l’autodétermination, mais il reste que rien d’efficace n’a été fait pour qu’Israël sache qu’il n’est pas plus fort que le monde entier. Pourtant quand on a voulu mobiliser le monde pour soi-disant sanctionner des actes contrevenants aux droits susmentionnés, les guerres en Irak, en Afghanistan, et en Libye sont là pour nous dire ce qui a été fait sous le fallacieux prétexte de la guerre pour la démocratie, les droits humains, la liberté, et le devoir de protéger.

Pourquoi les Etats-Unis apportent-ils un soutien inconditionnel à l’Etat d’Israël ?

Parce-que ce pays a été depuis longtemps travaillé par différents lobbies pro-israéliens notamment par le soutien des évangélistes. Ces derniers proposent aux masses qui, ne l’oublions pas, sont majoritairement protestantes aux Etats-Unis, une interprétation des passages messianiques de la Bible de sorte à ce qu’elles se croient religieusement obligées d’apporter leur soutien indéfectible à l’Etat d’Israël. Ces prédicateurs évangélistes ont apporté un soutien conséquent au candidat Donald Trump durant sa campagne électorale. Et ce n’est pas pour rien que Donald Trump a affirmé après sa décision de reconnaître officiellement Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël que les évangélistes américains étaient plus satisfaits et contents de sa décision que les israéliens eux-mêmes ! L’influence de ces lobbies aux Etats-Unis est telle que c’est un passage obligé pour les candidats à la présidence qui veulent se donner un maximum de chances d’être élus, que de clamer leur attachement indéfectible au peuple d’Israël devant ces organisations.

Pourquoi l’Organisation des Nations Unies est-elle si inefficace face à l’Etat d’Israël ?

Parce-que c’est une Institution dont une bonne partie du coût de fonctionnement notamment pour soutenir des interventions militaires dans le monde sont supportées par les Etats-Unis qui sont l’allié inconditionnel de l’Etat d’Israël. Il en découle que lorsque l’autorité américaine met son véto à l’application de résolutions votées contre l’Etat d’Israël par la grande majorité des pays, non seulement elle ne contribuera pas au financement des opérations mais l’Organisation des Nations unies, en l’état, ne peut rien faire contre l’Etat d’Israël sur une base légale, que ce soit au plan politique, économique, diplomatique, culturel, sportif, militaire ou autre. Tout le monde a vu avec quelle arrogance la représentante américaine au sein de l’Organisation des Nations Unies a menacé tout pays qui a voté contre la décision de Donald Trump de reconnaître officiellement Jérusalem comme la capitale « éternelle et indivisible » d’Israël. Avec l’arrivée de Donald Trump, l’unilatéralisme américain en faveur de l’Etat d’Israël atteint son paroxysme. L’Organisation des Nations Unies est de plus en plus fragilisée et contournée, elle dont la vocation originelle était supposée être la promotion du Droit international y compris le droit des peuples à l’autodétermination. Mais on sait que de plus en plus de radicaux laïcs ou orthodoxes élèvent leurs voix pour dire qu’il n’existe pas de peuple palestinien !

Pourquoi le monde arabo musulman est-il si impuissant ?

Parce-qu’il est affaibli par des conflits, divergences, et guerres intestines. Parce-que nombre de ses élites politiques et religieuses ne savent pas par quel bout prendre cette affaire ou, le cas échéant, ne se donnent pas les moyens de peser sur le rapport de force entre le tandem Israël-Etats-Unis et les palestiniens. Parce-qu’il n’a pas su ou voulu construire une alliance mondiale pour le règlement juste de cette question. L’Arabie saoudite et l’Iran se sont lancés dans une confrontation sans fin pour influencer le monde musulman, ce qui empêche la constitution d’un front uni significatif en faveur de la cause palestinienne. Les groupes « islamistes » et nationalistes n’ayant pas la même vision de la question Palestine-Israël, ne parviennent pas à faire front commun contre le même oppresseur qui, bien sûr, manipule et tire profit autant que faire se peut, de cette faiblesse. Actuellement, la tendance est à signature d’accord de normalisation avec Israël pour les pays du Golfe, Accord d’Abraham, accord Maroc-Israël, accord imminent nous disait-on il y a quelques jours entre l’Arabie saoudite et Israël, le tout dans le dos du peuple palestinien. Les signataires de ces accords disent même que c’est dans leur intérêt ! La position de l’Égypte est connue et celle de la Turquie insaisissable, son appartenance à l’OTAN pouvant expliquer ceci ou cela.

Les pays riches du Golfe apportent certes un soutien surtout social et économique à la cause palestinienne mais sans que cela ne se traduise par un changement du rapport de force sur le terrain. Le soutien de ces pays ne peut aller au-delà vu qu’ils sont dans des alliances militaires et économiques avec les Etats-Unis qui modulent forcément les initiatives qu’ils voudraient prendre sur cette question. De plus, ces pays sont dépendants des Etats-Unis pas seulement au plan de leur sécurité nationale, mais aussi de la circulation des ressources tirées du pétrole et des options d’investissement dans le monde. Depuis le 11 septembre, les Etats-Unis sont très regardants sur les flux financiers qui quittent ces pays et les contrôlent vu qu’ils passent par leur monnaie et leur système financier et bancaire mondial. Donc, les pays du Golfe y regardent à mille fois avant d’engager une initiative qui pourrait fâcher le tuteur américain qui est aussi celui de l’Etat d’Israël1. Aussi, leurs populations sombrent de plus en plus dans la consommation exubérante, le jeu, et autres distractions qui les rendent insouciants et les préoccupent beaucoup plus que la cause palestinienne et que pour rien au monde ils ne voudraient voir remettre en cause. Sans oublier que dans les pays arabo musulmans, il existe des individus et groupes qui collaborent activement ou discrètement avec les représentations de l’Etat d’Israël qui fait voyager, et rémunère chacun au prix où il a « marchandisé » sa dignité. Au lieu de s’organiser pour remplacer les fonds que Donald trump va retirer aux organisations humanitaires qui aident le peuple palestinien, les pays du Golfe rivalisent dans « qui va construire le plus long gratte-ciel ou la plus sophistiquée piscine », « qui va organiser le plus grand nombre de courses auto et de coupes du monde de football », etc.

Pourquoi les mots utilisés contre Israël sont-ils si conciliants ?

Parce-que ces mots sont définis par des individus ou des groupes ou des institutions qui sont influencés par le contexte géopolitique, culturel, historique, religieux ou philosophique qui sont les leurs. C’est ainsi que l’Union européenne emploie des mots du genre « nous regrettons », « nous sommes désolés », « nous appelons les deux parties à éviter les confrontations », parce-que quelque part, elle est influencée par les mauvais traitements que nombre de pays qui composent cette institution ont infligé aux populations juives au moment de l’holocauste. C’est pourquoi pour eux les mots barbarie, devoir, impunité, etc., qu’ils sont prompts à appliquer à d’autres ne sont pas applicables à Israël. Par conséquent, les choses se passent comme s’il était préférable de laisser faire Israël n’importe quoi plutôt que d’être taxé d’antisémite. Parce-qu’aussi, elle ne veut pas fâcher l’allié américain qui les a sauvés du nazisme ou fragiliser l’OTAN. Cela explique dans une certaine mesure que pour de mêmes injustices, les mêmes mots ne sont pas utilisés quand c’est Israël qui est impliqué. Par exemple, Israël est donné en exemple comme seul Etat démocratique du Moyen-Orient, mais on omet de le qualifier, ce qui est irréfutable, d’Etat colonial qui pratique de plus en plus quelque chose qui relève de l’Apartheid.

Au lieu de régler le problème de fond, on joue aux sapeurs-pompiers et à l’humanitaire après les massacres qu’Israël commet régulièrement par exemple à Gaza qui est une vaste prison à ciel ouvert. De leur côté, les Etats-Unis considèrent que les palestiniens dont les terres sont occupées doivent rester sages et ne pas fâcher l’occupant. Quand Israël tue le peuple palestinien, on fait preuve d’une compréhension pathétique à son égard, et quand d’autres font de même, ce sont les barbares, les gens qui tuent leur propre peuple, etc. Le devoir et la responsabilité de protéger ne semble pas valoir pour le peuple palestinien.

L’on comprend ainsi qu’à l’égard d’Israël, les mots embargo, ultimatum, pression, intervention militaire, fonds gelés, etc. soient tabous. Dans le cas du conflit Israélo-palestinien, comble de cynisme, l’oppresseur et l’opprimé sont renvoyés dos à dos. Ce n’est pas par hasard que les prétendus acteurs de la lutte contre le terrorisme « islamique » ou les mouvements djihadistes sont beaucoup plus silencieux et moins remuant quand c’est Israël qui déplace, usurpe, emprisonne, tue, occupe et remet en cause toujours plus depuis 50 ans la dignité du peuple palestinien et son droit à vire sur ses terres et à s’autodéterminer. Le monde ne sera pas libre tant qu’il ne se donnera pas les moyens de libérer le peuple palestinien.

Ahmadou Kanté

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