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Amendes à répétition : un rapport pointe le profilage racial en France

Amendes à répétition : un rapport pointe le profilage racial en France

2026-06-17

Écrit par Ibrahim Madras

Une pratique policière de plus en plus contestée est pointée du doigt par plusieurs associations. Dans un rapport publié ce mercredi, trois organisations dénoncent le recours croissant à des amendes "discriminatoires", ciblant principalement « les jeunes Noirs et Arabes en France » lorsqu’ils se réunissent dans l’espace public.

Dans une étude publiée mercredi, intitulée « Payer le prix du harcèlement policier. Des amendes discriminatoires visant les jeunes Noirs et Arabes en France », trois organisations de défense des droits humains — Human Rights Watch, (Re)Claim et la Maison communautaire pour un développement solidaire — dénoncent la multiplication de « ces pratiques abusives d’éviction de l’espace public » et les conséquences économiques et psychologiques qu’elles provoquent sur les personnes visées et leurs familles.

« La triplette magique »

Entre février 2025 et avril 2026, les ONG ont mené une quarantaine d’entretiens avec des jeunes ayant reçu « des dizaines d’amendes », ainsi qu’avec des parents et des éducateurs dans plusieurs quartiers des agglomérations de Paris, Lyon et Grenoble.

Le rapport met en cause ce qu’un policier appelle « la triplette magique » : trois infractions liées aux troubles à la tranquillité publique — tapage, dépôt de déchets hors des emplacements autorisés et déversement de liquide insalubre, le plus souvent des crachats — utilisées de manière répétée pour verbaliser des jeunes hommes aux profils souvent identiques.

Les montants s’accumulent rapidement : 135 euros en moyenne par amende, portés à 375 euros en cas de non-paiement après quarante-cinq jours, ce qui conduit, selon les associations, à des situations de surendettement et d’exclusion sociale. Aucun des jeunes interrogés n’aurait les moyens de régler ces sommes.

Certaines personnes concernées ont transmis leurs dossiers de dettes aux enquêteurs associatifs, avec des montants allant de 1 600 à 37 000 euros.

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Profilage racial et maintien de l’ordre discriminatoires

L’étude souligne également l’extension des pouvoirs de verbalisation de la police depuis 2012, dans le cadre de réformes destinées à désengorger les tribunaux, et estime que ces pouvoirs sont utilisés de manière abusive contre "des jeunes Noirs et Arabes", « déjà victimes de contrôles d’identité, de palpations et de fouilles fréquents et discriminatoires ».

Les trois organisations dénoncent la « manière dont ce système fonctionne en France (…), administré par une police dont les pratiques de profilage racial et de maintien de l’ordre discriminatoires sont bien documentées et reconnues ».

« Ce sont des infractions particulièrement mal définies et floues qui donnent une trop grande marge d’interprétation aux forces de l’ordre, ce qui engendre au quotidien des décisions arbitraires et abusives », explique Bénédicte Jeannerod, directrice France de Human Rights Watch.

Le gouvernement défend l'institution policière

Dans une lettre datée du 3 juin, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, sollicité par les trois organisations, « s’inscrit en faux » contre les conclusions de l’étude et défend l’utilité de la procédure des amendes forfaitaires.

Les auteurs rappellent qu’une étude scientifique financée par le Défenseur des droits, publiée en avril 2025 et qualifiée elle aussi de « diffamatoire » par le ministre de l’Intérieur, mettait déjà en évidence un profil récurrent parmi les personnes « multiverbalisées ».

En conclusion, les associations demandent la suppression du code pénal des infractions de tapage, de déversement illégal de liquide insalubre et de dépôt sauvage de déchets, ainsi que l’annulation des amendes impayées prononcées pour ces motifs.

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