
2026-07-21
Écrit par Rédaction
La Guinée réclame à la France la restitution de plusieurs objets et documents emportés durant la période coloniale. Parmi les pièces demandées par Conakry figurent des sabres, des objets royaux, des manuscrits ainsi qu’un Coran ayant appartenu à l’Almamy Samory Touré. Le Coran de Samory Touré au cœur des demandes guinéennes Un ancien manuscrit, recouvert d’une couverture en cuir brun foncé maintenue par une cordelette, renferme le Coran de l’Almamy Samory Touré, conservé depuis près d’un demi-siècle dans les collections françaises. À la mi-juin, une délégation guinéenne s’est rendue au Musée de l’Armée, à Paris, afin de consulter ce document ayant appartenu à l’une des grandes figures de la résistance à la conquête coloniale française. Ce Coran de Samory Touré, mais également son bonnet, son chasse-mouche et une tunique de guerre, avaient été saisis après sa capture par l’armée française en 1898, avant son exil au Gabon. « C’est la preuve de l’immensité de ce chef de guerre. L’important est que ces objets puissent retourner à la maison », avait déclaré le ministre guinéen de la Culture, Moussa Moïse Sylla, lors de cette visite aux Invalides. Le ministre guinéen a indiqué vouloir privilégier « une diplomatie culturelle, dans le respect mutuel » plutôt qu’un rapport de force. La jurisprudence initiée par le Bénin La loi sur la restitution des biens culturels, adoptée en mai 2026 par le Parlement, permet désormais à la France de répondre aux demandes d’États étrangers par décret, sans qu’une loi spécifique soit nécessaire pour chaque restitution. Cette évolution ouvre une nouvelle voie à des revendications anciennes et suscite l’intérêt de plusieurs pays africains. Avant la Guinée, le Bénin avait engagé cette démarche dès 2016 sous l’impulsion du président Patrice Talon, concernant des objets pris par l’armée française lors de la conquête du palais royal d’Abomey en 1892. Après un premier refus de Paris, un ensemble de 26 œuvres avait finalement été restitué à Cotonou en 2021. D’autres pays ont également formulé des demandes similaires. Le Sénégal réclame notamment des biens liés au trésor de Ségou, tandis que l’Algérie demande la restitution d’effets personnels d’Abd El Kader. Le Mexique a, de son côté, demandé le retour de deux manuscrits aztèques conservés en France. Des enjeux juridiques et matériels encore complexes La France n’a ratifié qu’en 1997 la convention de l’Unesco relative à la restitution des biens culturels, plusieurs décennies après la fin de la période coloniale en Afrique de l’Ouest. Selon des juristes spécialisés, cette ratification tardive limite la portée rétroactive du texte sur les spoliations antérieures, ce qui explique le recours fréquent, jusqu’à présent, à des prêts renouvelables plutôt qu’à des restitutions définitives. Le retour de ces pièces soulève également une question majeure : celle de leur conservation. La Guinée ne dispose pas encore d’infrastructures répondant aux normes internationales en matière de température et d’humidité, tandis que le musée national du pays est en rénovation depuis 2022.La Guinée a lancé une démarche diplomatique afin d’obtenir la restitution de manuscrits pillés durant la période coloniale, parmi lesquels figure un Coran ayant appartenu à l’Almamy Samory Touré. Une partie de ces documents est aujourd’hui conservée au Musée de l’Armée, aux Invalides.