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Nagib Azergui : contre la « résignation », construire notre liberté

Nagib Azergui : contre la « résignation », construire notre liberté

2026-08-19

Écrit par Nagib Azergui

Fondateur du parti de l'Union des démocrates musulmans français, Nagib Azergui apporte sa contribution écrite, sur Mizane.info, au débat qui agite actuellement la sphère militante sur la position des musulmans à tenir, aux prochaines élections, face à la gauche LFI. Retrait stratégique momentané ou nécessaire affirmation politique ? Pour Nagib Azergui, « l’émancipation politique commence précisément le jour où nous cesserons d’attendre des autres qu’ils défendent à notre place ce que nous devons apprendre à défendre par nous-mêmes. »

Permettez moi de vous raconter une petite anecdote accompagné d’une petite réflexion en lien avec les présidentielles de 2027. Tout commence par une scène sans doute des plus banales en apparence, mais qui m’a fait réfléchir à cette échéance et, surtout, à cette éternelle question du candidat « le moins pire ». En cette période de canicule, j’étais comme tout le monde, en quête d’un peu de fraîcheur. De passage dans mon ancien quartier des 3000 à Aulnay-sous-Bois, j’ai fini par trouver ce refuge sous un parasol du Café du Grand Paris, en face du marché de la Rose-des-Vents. Un lieu atypique qui se dresse à quelques mètres de la mosquée de Chanteloup, aujourd’hui fermée sur décision administrative pour des raisons « d’apologie du terrorisme ». Un sujet qui, vous allez le voir, allait très rapidement s’inviter à ma table.

J’étais donc en train de siroter un verre brûlant d’atay accompagné (tradition oblige) d’un msemen farci en attendant un ami de longue date, le Haj Brahim. Pendant quelques instants, j’avoue que le décor avait quelque chose de très dépaysant. Le thé à la menthe, l’odeur du msemen, les discussions en français, en tachlehite et en arabe aux tables voisines, les anciens qui refaisaient le monde…

« Un peu moins de soumission »

En faisant abstraction des grandes barres HLM qui nous entouraient, j’aurais presque pu me croire quelque part entre Casablanca et Alger. Mais aux 3000, même autour d’un thé, la politique n’est jamais très loin. À quelques mètres de moi, plusieurs frères étaient également attablés. Le ton était animé. Pas agressif, mais passionné. Ils parlaient de la fermeture de la mosquée. L’un d’eux, en gandoura, expliquait aux autres qu’il ne comprenait pas le silence de la classe politique. En effet, aucune personnalité politique n’avait publiquement réagi à cette affaire, y compris dans les rangs de La France insoumise. Il lança une remarque qui fit sourire l’assemblée : « Pour des Insoumis, on aurait quand même espéré un peu moins de soumission lorsqu’une décision frappe les musulmans… »

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La discussion allait bon train. Arguments, contre-arguments, objections, exemples… Chacun avait son avis et, contrairement à l’image caricaturale que certains aiment donner de nos quartiers, personne n’attendait qu’un « chef » lui explique ce qu’il devait penser. Puis un homme, assis au milieu du groupe, prononça une phrase qui changea complètement la façon dont j’écoutais la conversation : « LFI, ce n’est peut-être pas mieux que les autres, mais nous, les musulmans, a-t-on réellement d’autres alternatives? On a pas d’autres choix que de voter pour celui qui nous est le moins hostile. » Je me suis arrêté quelques secondes sur cette conclusion. Le moins hostile. Tout était là. Plus de vingt années de stratégie électorale résumées en ces deux mots. Un peu comme si notre seule ambition politique consistait à choisir celui qui nous sera le « moins » hostile.

Le moindre mal, à vie ?

Depuis plus de vingt ans, les électeurs de confession musulmane sont enfermés dans cette mécanique devenue presque un rituel. Choisir le « moins pire ». « Pour quel candidat les musulmans doivent-ils voter ? » En réalité, au risque de choquer certains lecteurs, la question devrait plutôt être « Pourquoi devrions-nous choisir des candidats qui refusent, à des degrés différents, de remettre en cause les politiques que nous contestons ? ». Car enfin… L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE N’EST PAS UN CONCOURS LÉPINE DESTINÉ À RÉCOMPENSER LE CANDIDAT LE MOINS HOSTILE AUX MUSULMANS.

Voilà le véritable sujet. Pendant des années, certains ont voulu nous expliquer qu’il n’existait pas de communauté musulmane à proprement parlé. Nous serions trop différents. Trop divisés. Certains voteraient à gauche, d’autres au centre, à droite, voire aux extrêmes. Comme si appartenir à une communauté supposait de penser exactement la même chose sur la fiscalité, les retraites, l’écologie ou l’économie. Évidemment que nous avons des préoccupations sociales, économiques et politiques différentes. Mais lorsque nos libertés sont régulièrement restreintes, que notre visibilité devient continuellement un sujet politique et que nos institutions sont placées sous suspicion, la défense de nos droits devient nécessairement un pré requis et un intérêt commun.

Nous ne sommes pas des supplétifs électoraux

Alors avant de nous demander quel candidat permettra de sauver la gauche en 2027, demandons-nous plutôt : Qui défendra réellement nos libertés ? Avant de nous expliquer, une fois encore, qu’il faudra « faire barrage », demandons :

«Qui fera barrage aux politiques que nous dénonçons depuis plus de vingt ans ? Et avant de réclamer une nouvelle fois nos bulletins de vote, que les candidats commencent d’abord par répondre précisément à nos revendications. Oui, nous avons la peau dure. Oui, nous avons été patients. Et cette patience a trop souvent été confondue avec un manque d’intérêt de nos revendications et comme d’une disponibilité électorale permanente.»

C’est précisément l’une des raisons qui ont poussé la création de l’UDMF. Nous n’avons jamais imaginé qu’un rapport de force politique sérieux se construirait en quelques années. Nous savions que cela prendrait des décennies. Nous savions aussi exactement ce qu’on nous opposerait : « Les musulmans sont incapables de travailler ensemble. » « Vous allez diviser. » « Ce n’est pas le moment. » « Il faut d’abord faire barrage. » « Il faut d’abord battre la droite et l’extrême droite. » « Il faut sauver la gauche. » Et … ensuite ? Ensuite, « éventuellement », on parlera de nos revendications. Toujours la même histoire. Il existe toujours une urgence supérieure à nos propres droits.

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Eh bien non ! En 2027, je pense que nous devons commencer à sortir de cette logique. Nous n’avons pas vocation à devenir éternellement les supplétifs électoraux de partis qui réclament nos voix tout en refusant de revenir sur des mesures qu’ils ont eux-mêmes votées, soutenues ou acceptées. Arrêtons de brader nos revendications par peur de faire perdre tel ou tel candidat. Arrêtons de nous demander lequel nous méprisera le moins. Arrêtons de considérer comme une victoire politique le simple fait qu’un candidat soit légèrement moins hostile que son voisin. Parce que je le répète : UNE ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE N’EST PAS UN CONCOURS LÉPINE DESTINÉ À RÉCOMPENSER LE CANDIDAT LE MOINS HOSTILE AUX MUSULMANS.

L'autonomie n'attend pas demain

Notre véritable enjeu est ailleurs. Construire progressivement notre propre rapport de force politique. Porter nos revendications. Former nos militants. Présenter nos candidats. Construire notre implantation. Et surtout faire comprendre à l’ensemble de la classe politique une chose élémentaire : NOS VOIX NE SONT LA PROPRIÉTÉ DE PERSONNE.

Cela prendra le temps que cela prendra.

« L’émancipation politique commence précisément le jour où nous cesserons d’attendre des autres qu’ils défendent à notre place ce que nous devons apprendre à défendre par nous-mêmes. Alors en 2027, plutôt que de chercher éternellement le candidat le moins hostile aux musulmans, commençons d’abord à construire une alternative politique qui ne le soit pas du tout. »

Et finalement, je repense à ce frère assis en terrasse. Peut-être avait-il résumé malgré lui le problème politique de toute une génération : la résignation. « On n’a pas d’autre choix. » Voilà pourquoi notre travail consiste justement à construire ce choix car nous sommes des musulmans et que le musulman ne se résigne jamais. Il place sa confiance envers Celui qui détient toutes choses.

Nagib Azergui

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