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24/10/2019
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Quand Médine était La Mecque de l’écologie

Médine

L’association étudiante Qalam Sorbonne, dont l’objectif est « de faire découvrir la culture arabo-musulmane au milieu étudiant parisien », organisait le 19 avril dernier une rencontre autour du thème « Médine, écologie et société ». Une intervention remarquée des membres de l’Institut Sira a été l’occasion de découvrir les détails de la politique éco-solidaire menée par le Prophète de l’islam (PBDSL) à Médine, autour de la présentation de plusieurs cartes. Mizane.info était présent et vous propose un compte-rendu de la conférence.

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Il y a deux clauses qui parlent d’environnement dans le Pacte (ou la Constitution) de Médine. Elles stipulent que dans une zone établie sur une superficie de 35 km sur 44, il était interdit de chasser des espèces sauvages et de couper des arbres. Ces deux clauses ont été à l’origine de la revivification de l’environnement dans la ville de Médine notoirement connue pour avoir été l’une des villes les plus sales d’Arabie, avant la venue du Prophète (PBDSL). Ces deux clauses, indiquées par écrit sur les zones concernées, ont permis la constitution d’une réserve naturelle dans une zone peuplée, ce qui mérite d’être souligné dans la mesure où c’est une chose qui n’a encore jamais été accompli dans l’histoire moderne, la plupart des réserves étant bâties dans des zones inhabitées ou à la faible densité de population. Le Prophète va donc mettre en place un plan qui fera de Médine l’une des villes arabes les propres en l’espace de dix ans.

Une réforme éco-solidaire basée sur l’éducation et la législation

La saleté provoquait des maladies dans cette ville très humide bordées de bassins d’eaux et de zones abandonnées, véritables réservoirs de saletés. Un contexte qui a entraîné une surpopulation de moustiques et la diffusion de maladies contagieuses, avec des conséquences négatives sur le plan démographique en raison d’un taux de mortalité infantile important. La superficie de la zone de protection concernée fut équivalente, à titre de comparaison, à celle de Paris et de la petite couronne, ce qui dépassait de très loin la taille de Médine à cette époque-là. Le projet de revivification environnemental du Prophète visait tout le pays médinois et allait profiter à l’ensemble des populations toutes confessions confondues. Une vision globale de réforme portée par des projets ambitieux. Pour réussir à faire appliquer et respecter ces normes de protection environnementales sur une zone aussi large, notamment l’interdiction de chasser qui était difficile pour une population qui ne disposait pas d’accès immédiat à la nourriture et qui importait sa consommation, l’éducation a été un levier important.

L’autosuffisance alimentaire des Médinois en question

Cette politique s’est constituée notamment autour de l’enjeu suivant : comment garantir une autosuffisance alimentaire à la population médinoise ? Les Médinois produisaient moins que ce qu’ils consommaient, ce qui les obligeaient à importer des denrées alimentaires. L’accueil de milliers d’exilés mecquois (mu’ajirouns) accentua ce problème. Ce challenge a été au cœur des préoccupations du Prophète et de son projet de préservation environnemental. Il l’accomplira en créant des zones d’élevages de bêtes avec des enclos, zones professionnalisées et centralisées ce qui augmentera la proportion de bêtes disponibles. L’Etat médinois recevait, par ailleurs, la zakat (aumône légale, ndlr) parfois sous formes de bétail.

Médine

Conférence sur le thème « Médine, écologie et société », présentée par Oussamah de l’institut Sira et organisée le 19 avril par l’association Qalam Sorbonne.

Le Prophète déplaça donc, par la suite, à 50 km la zone d’élevage, puis en créa de nouvelles par la suite, ceci afin de garantir la sécurité alimentaire de la population médinoise toutes confessions confondues (musulmans, juifs et polythéistes). Les zones d’élevages des bêtes étaient constituées sur des terres et des plateaux surélevés, choisis pour la qualité de leur herbe et de leur oxygène. Elles représentaient un cheptel de plus de 40 000 bêtes. Le Prophète lui-même disposait d’un troupeau d’une centaine de moutons qu’il consommait très rarement, offrant le plus souvent en aumône (sadaqa) le surplus qu’il possédait. L’autre volet de cette politique alimentaire était l’agriculture. L’un des instruments de cette politique agricole consista à établir une nouvelle règle : toute personne faisant vivre un terrain en deviendrait le propriétaire. L’augmentation de la population médinoise avec l’arrivée des réfugiés mecquois souleva la question de l’alimentation et de l’activité sociale.

L’introduction des céréales à Médine

Le Pacte de Médine avait garanti la propriété privée des Médinois sur leurs terres. Le Prophète a donc décidé de revivifier des terrains abandonnés et de les découper en parcelles qui furent attribués à des mu’ajirouns. Ces derniers avaient trois ans pour faire vivre et travailler cette terre s’ils souhaitaient la posséder. S’ils y parvenaient, ils obtenaient une nouvelle parcelle et ainsi de suite. Pour mettre en application ce plan, le Prophète va répartir ses compagnons mecquois sur toute la ville. Ce plan fera partie du projet de fraternisation et d’inclusion économique des mu’ajirouns et des a’l as-suffa (groupe de fidèles très pauvres et fréquentant assidûment la mosquée, ndlr).

Toute la philosophie coranique de la responsabilité vicariale (khalifat) de l’Homme se retrouve dans cette politique éco-solidaire du Prophète (PBDSL) à Médine

De célèbres compagnons comme Omar ibn al-Khattab (qui deviendra le second calife de l’islam après la mort du Prophète, ndlr) ou Talha ibn Zubayr travaillèrent, en binôme avec des Ansars (musulmans de Médine, ndlr), quelques-unes de ces terres. Talha importera des techniques agricoles à Médine et sera à l’origine des premières plantations massives de céréales. Avant cela, les céréales étaient importées de zones situées à une centaine de kilomètres. Cette diversification agricole va contribuer à enrichir le régime alimentaire des Médinois, jusque-là essentiellement constitué à base de dattes pour la plupart d’entre eux.

Le rachat public des puits au cœur de l’intérêt général

Un autre volet de cette politique prophétique éco-solidaire consistera à rendre publics et accessibles des puits privés, par leur rachat et leur transformation en awqaf (donations de particuliers devenus biens publics définitifs, ndlr). Le Prophète fera racheter 7 puits, ce qui permit un accès gratuit à l’eau pour la consommation, l’irrigation et le développement agricole. Des règles relatives à la maslaha (intérêt général, ndlr) seront légiférées à Médine. Une d’elles interdira toute construction à une dizaine de mètres d’un puit pour garantir un accès public à l’eau. Othman ibn ‘Affan (troisième calife, ndlr) rachètera également un puit extrêmement coûteux, grâce à sa fortune, ainsi que les terrains alentours, et les cèdera aux Médinois. Ce puit existe toujours. Toute la philosophie coranique de la responsabilité vicariale (khalifat) de l’Homme se retrouve dans cette politique éco-solidaire du Prophète (PBDSL) à Médine. La construction d’un cimetière public pluriconfessionnel (al baqia) participera de même à cette philosophie prophétique en favorisant une certaine forme de communion sociale et en garantissant les conditions sanitaires d’ensevelissement des morts, politique à même de prévenir des maladies contagieuses. Une diminution très importante des maladies sera constatée. La réussite de la protection des espèces sauvages sera visible des années plus tard. Des textes issus de la tradition évoque la présence de gazelles sauvages à Médine même. Notons, enfin, que la politique de développement économique de Médine qui entraînera par la suite un doublement de la taille et de la superficie de la ville ne se traduira pas par un délabrement des conditions environnementales nées des mesures mises en place par la réforme du Prophète (PBDSL).

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