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La conversion à l’islam de mineurs ouvre un débat en Malaisie

Le docteur Mohamed Azam Mohamed Adil.

A la suite d’un jugement de la Cour fédérale malaisienne sur le statut de la conversion d’un enfant mineur dans une affaire d’attribution de garde dans le contexte d’un divorce, un débat s’est ouvert dans les milieux islamiques malais. Voici une contribution du docteur Mohamed Azam Mohamed Adil qui synthétise assez bien les enjeux de ce débat et les réponses proposées par la tradition juridique de l’islam.  

La question de la conversion unilatérale des mineurs a de nouveau suscité des réactions mitigées de la part d’organisations non gouvernementales, d’avocats et de partis politiques en Malaisie lorsque la Cour fédérale a décidé à l’unanimité dans l’affaire M. Indira Ghandi le 29 janvier que le consentement des parents était requis lors de la détermination de la foi des mineurs. En Malaisie, l’article 12 (4) de la Constitution fédérale dispose que : « Aux fins du paragraphe (3), la religion d’une personne de moins de 18 ans est désignée par son parent ou tuteur ». En l’espèce, la Cour fédérale a décidé que le mot « parent » devait être compris au pluriel, désignant les deux « parents », tels qu’interprétés à l’annexe 11 de la Constitution fédérale et aux articles 5 et 11 de la loi de 1967 sur la tutelle.

La divergence des juristes musulmans

À cet égard, il peut être utile de mentionner certains points abordés dans deux documents de politique générale de l’Institut international d’études islamiques avancées (AICA), intitulé « Conversion en Malaisie : questions et propositions de réforme », dirigés par un savant musulman de renom, le professeur Mohammad Hashim Kamali On y apprend que les juristes musulmans ont soutenu que lorsque les deux parents se convertissent à l’Islam, leurs enfants mineurs deviennent automatiquement musulmans. Des problèmes surgissent si l’une des parties s’est convertie à l’islam et l’autre pas, ce qui conduit à un débat jurisprudentiel intéressant. Les juristes ont eu des opinions différentes. Les opinions majoritaires dans les écoles hanafite, shafi’ite et hanbalite à ce sujet sont largement basées sur le fait que le converti était la mère ou le père.

« Chaque enfant est né dans la fitrah (nature primordiale), ce sont ses parents qui détermineront si l’enfant deviendra juif, chrétien ou zoroastrien jusqu’à ce qu’il soit capable de l’accepter ou de le rejeter (hadith) »

Les choses sont plus simples dans l’école malikite qui stipule que la religion de l’enfant suit celle de son père, et donc, si le père se convertit, l’enfant aussi. L’argument derrière cette décision malikite est que l’identité et la lignée de la descendance se perpétue à travers le père. Même ainsi, il semble n’y avoir aucune vision finale et autoritaire sur cette question, d’autant plus qu’il n’y a pas de versets coraniques bien définis qui l’abordent. Les juristes ne sont pas non plus parvenus à un consensus sur la question de savoir si un enfant peut embrasser une religion, y compris l’islam. Beaucoup sont d’avis que les enfants peuvent embrasser l’islam, basé sur les précédents de nombreux compagnons proches du Prophète Muhammad qui se sont convertis à l’Islam pendant leur enfance. Parmi eux, Ali ibn Abi Talib, Zubayr al-Awwam, Abdullah ibn Umar et Asma ‘Abu Bakar. L’imam Abu Hanifah et son disciple, Muhammad ibn Hassan al-Syaibani, ont considéré que les enfants qui ont atteint le mumayyiz (la prudence) peuvent légitimement se convertir à l’islam – ou, d’ailleurs, opter pour l’apostasie.

« Le bien-être de l’enfant passe avant tout »

Cependant, Abu Yusuf considère que la décision de l’enfant n’est légitime que lors de la conversion à l’Islam, et invalide dans le cas de l’apostasie. Zufar ibn Hudhayl, un autre disciple de l’imam Abu Hanifah, estime qu’un enfant ne peut ni se convertir à l’islam, ni quitter l’islam s’il n’a pas atteint la puberté. Basé sur le hadith populaire que « chaque enfant est né dans la fitrah (nature primordiale), ce sont ses parents qui détermineront si l’enfant deviendra juif, chrétien ou zoroastrien jusqu’à ce qu’il soit capable de l’accepter ou de le rejeter », il y a plusieurs points importants.

Le docteur Mohamed Azam Mohamed Adil à un colloque international à Istanbul.

Premièrement, il est implicite qu’un enfant ne peut pas déterminer sa religion. Deuxièmement, un enfant ne peut pas être tenue responsable moralement de son statut religieux ou d’autres exigences religieuses. De plus, ce hadith mentionne bien les « parents » au pluriel. Ce qui est important dans tout cela, c’est que le bien-être de l’enfant passe avant tout. Or, il est des cas où un père ou une mère embrasse l’islam et convertisse plus tard l’enfant à l’islam avant même que la décision de garde soit prise par le tribunal. Cela conduira sans aucun doute à d’autres problèmes. De même, une décision automatique de confier la garde de l’enfant en fonction de la religion d’origine de son parent non musulman conduira également à des problèmes futurs. Par exemple, lorsque le parent musulman obtient la garde et souhaite inscrire l’enfant dans une école où il recevra une éducation religieuse islamique, il serait alors préférable que la décision de la garde de l’enfant tienne compte également de la détermination de sa religion. Résoudre cette situation exigerait finalement la coopération de toutes les parties, en particulier celle des parents, des tuteurs légaux en donnant la priorité au bien-être de l’enfant. Cela peut se faire aussi par le biais d’un processus de médiation impliquant une tierce partie qui permettra aux deux parents de parvenir à un compromis concernant le statut religieux de leur enfant.

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