Catégories
Articles récents
24/07/2019
AccueilActualitesNation of Islam et Eglise de Scientologie : une liaison dangereuse

Nation of Islam et Eglise de Scientologie : une liaison dangereuse

Nation of Islam
Ron Hubbard (à droite) est le fondateur de l’Eglise de Scientologie. Louis Farrakhan (à gauche) est l’actuel ministre de la Nation of Islam. 

L’organisation sectaire afro-américaine dont fut jadis issu Malcolm X et qui fut impliquée dans son assassinat a depuis quelques années opéré un rapprochement curieux mais réel avec l’Eglise de Scientologie, une autre organisation sectaire très influente fondée par Ron Hubbard. Un partenariat qui inquiète plusieurs membres de l’organisation noire qui ont, depuis, fait défection. Le focus de Marlow Stern pour le Daily Beast.

Les liens de l’Église de Scientologie avec des célébrités d’Hollywood comme Tom Cruise ou John Travolta sont connus, tout comme son influence qui déborde largement la sphère du star-system.

Mais peu connaissent son partenariat étroit avec la Nation of Islam, dirigée par le ministre Louis Farrakhan.

Le mouvement politique et religieux noir d’environ 20 000 hommes a été formé en 1930 pour améliorer à cette époque la vie des Noirs américains.

L’organisation noire est régulièrement critiquée pour les sorties anti-gays, anti-blanches et antisémites de son leader.

L’alliance entre la Nation of Islam, une organisation noire, et la Scientologie, une organisation presque entièrement blanche, a débuté au milieu de la décennie.

Les innovations blâmables de Louis Farrakhan

Nation of islam

Leah Remini.

Le regretté Isaac Hayes, l’un des seuls célèbres scientologues noirs, avait alors approché le dirigeant de la Scientologie David Miscavige, en lui demandant : pourquoi la « religion » ne faisait pas plus pour courtiser les afro-américains.

En 2010, David Miscavige décide donc de se rapprocher de la Nation of Islam et commence à promouvoir les « avantages » de la Dianétique, l’ensemble des idées prônées par le fondateur de la Scientologie, L. Ron Hubbard.

Un rapprochement qui s’est illustré lors d’un sermon à Chicago le 1er juillet 2012, dans lequel Farrakhan a déclaré à son assistance : « J’ai trouvé l’outil qui, je le sais, peut nous aider.

Et je remercie Dieu pour ML Ron Hubbard. Et je remercie Dieu pour ses recherches et son enseignement. »

La relation étroite entretenue entre The Nation of Islam et L’Eglise de Scientologie a été notamment explorée par l’actrice américaine Leah Remini, ex-scientologue et auteure du documentaire « Scientology and the aftermath » primé par les Emmy Awards.

« Ron Hubbard ne croyait ni dans le Christ, ni en l’existence d’Allah »

« La Scientologie m’a approché pour combler le fossé entre elle et la communauté noire. Et cette idée me plaisait même si j’ignorais ce qu’était la Nation de l’Islam », confie Remini.

« J’étais scientologue et je ne remettais pas en question ce que mon église me demandait de faire.»

A présent, ils l’appellent ‘L’Honorable LRH’ (Ron Hubbard), ils se rencontrent dans les bâtiments de la Scientologie et reçoivent des prix de Scientologie.

Le premier à avoir rejoint Remini et son co-animateur, Mike Rinder, ancien dirigeant de la Scientologie, était Ishmael Bey, membre de la Nation of Islam depuis une dizaine d’années, qui a depuis démissionné pour sa relation avec la Scientologie, une relation d’autant plus curieuse, que L. Ron Hubbard (le fondateur de la Scientologie, ndlr) ne croyait ni dans le Christ, ni en l’existence d’Allah.

« Nous avons commencé à voir que des bâtiments étaient construits, que la Nation of Islam y tenait des réunions secrètes avec la Scientologie dont le public n’avait aucune idée.

Tout cela a commencé à aller dans une direction différente de celle des principes de base enseignés par l’islam », a déclaré Bey.

Un filon juteux

Selon Ishmael Bey, la Nation of Islam a commencé à administrer des cours de développement personnel, déguisés en cours d’entraide anodins.

« Le point de rupture pour moi a été le moment où nous avons commencé à aller dans cette direction avec les guides d’étude de l’amélioration de soi, des ouvrages de l’Eglise de Scientologie. L’orientation devenait cultuelle », affirme Ishmael Bey.

Nation of Islam

Ishmael Bey.

« A présent, ils l’appellent ‘L’Honorable LRH’ (Ron Hubbard), ils se rencontrent dans les bâtiments de la Scientologie et reçoivent des prix de Scientologie ».

La Scientologie a pour politique que tout membre recrutant une personne reçoive 10 % de tout l’argent que leur recrue y consacre, ce qui peut représenter plusieurs milliers de dollars.

Une politique qui a nourri des soupçons selon lesquels Farrakhan aurait reçu des pots-de-vin similaires de la part de la Scientologie pour avoir répandu leur ouvrage.

Tony Muhammad, la courroie de transmission

Leah Remini affirme que l’un des membres de la Nation of Islam dont elle a parrainé les cours de scientologie était Tony Muhammad, ministre régional de la Nation of Islam sur la côte ouest, également identifié par Ishmael Bey comme l’un des relais de la scientologie dans l’organisation noire.

Une prestation qui lui a valu de recevoir la médaille de la liberté de l’IAS, la plus grande récompense de la Scientologie.

« Je suis devenu un meilleur musulman grâce à ma relation avec l’Église de Scientologie », explique Muhammad dans une vidéo promotionnelle de la Scientologie.

« Le monde devrait être reconnaissant que de notre vivant un être appelé ML Ron Hubbard soit apparu … Nous disons que lorsqu’un homme survient de la sorte, son nom doit être mentionné avec les noms des saints. »

La chose qui me met le plus en colère, c’est de trouver des images d’enfants de la Nation tenant des livres de dianétique. Je ne veux pas que mes enfants étudient la Dianétique ou la Scientologie.

Autre témoignage clé, celui de Hector Falu-Muhammad, ancien membre de la Nation of Islam depuis 26 ans et qui travaillait en étroite collaboration avec ses hauts fonctionnaires.

Hector Falu-Muhammad a déclaré qu’après avoir exprimé sa réticence contre la Dianétique aux autorités de la Nation of islam, il s’était retrouvé « isolé » puis ensuite accusé par d’autres membres de Nation of Islam de toute sorte de crimes, du vol à l’acte sexuel indécent commis sur son épouse.

Faire taire les voix contestataires

Nation of Islam

Hector Falu-Muhammad.

Cette politique consistant à attaquer les critiques ou les « ennemis », notent Remini et Rinder, découle directement du manuel de Scientologie.

Falu-Muhammad affirme qu’elle a été instituée après que les deux mouvements se soient transformés en compagnons de route.

« Un membre du personnel du ministre Farrakhan a donné l’ordre. Il a ajouté que, si quelqu’un critiquait le ministre Farrakhan, il fallait « l’attaquer comme un nid de frelons », a déclaré Falu-Muhammad.

« On vous dit:  » Hé, arrêtez de parler de Scientologie, vous allez vous faire expulser de la mosquée.  » C’est presque comme si la Dianétique était la loi de la Nation of Islam », ajoute Bey.

« La chose qui me met le plus en colère, c’est de trouver des images d’enfants de la Nation tenant des livres de dianétique », explique Falu-Muhammad. « Nous avons des enfants dans la Nation. Je ne veux pas que mes enfants étudient la Dianétique ou la Scientologie. »

La joute Remini/Farrakhan

Louis Farrakhan s’est adressé à Remini en dénonçant ses agissements dans un récent discours à ses fidèles.

« Je sais que le moment venu ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour détruire la Scientologie (…)

Mme Remini ou quel que soit son nom y va fort. Elle est blessée par quelque chose. Je connais beaucoup de musulmans qui souffrent.

Blessés parce qu’ils sont venus chercher quelque chose, mais n’ont pas forcément trouvé ce qu’ils cherchaient, et se sont éloignés.

Et quand vous êtes partis, où êtes-vous allés, qu’avez-vous fait, qu’avez-vous gagné, qu’avez-vous perdu ? ».

Une missive à laquelle l’intéressée a répondu.

« Personne n’essaye d’abattre la Scientologie pour des raisons injustifiées (…)

Mais une fois que vous aurez passé 35 ou 45 ans en Scientologie, allez poser ce genre de questions aux familles qui auront été détruites. »

Marlow Stern

A lire également :

Nation of Islam