
2018-07-30
Écrit par Redaction
Second volet du dossier d'entretiens de Mizane.info consacré aux assises territoriales de l'islam de France. Mohamed Moussaoui, ancien président du CFCM et actuel président de l’Union des mosquées de France, nous livre aujourd'hui ses positions sur ce processus initié par le gouvernement tout en regrettant l'inaction du Conseil français du culte musulman. Mohamed Moussaoui juge néanmoins que le CFCM est un acquis qui ne doit pas disparaître mais qui doit se réformer et "s’ouvrir davantage aux musulmans de la base".
"Les assises répondent au même esprit que les réunions préparatoires de l’instance de dialogue du culte musulman mise en place par Bernard Cazeneuve en 2015 et 2016. Les pouvoirs publics ont besoin de dialoguer avec les responsables du culte musulman. Ce type de consultation est toujours utile. Ce qui est déplorable ou regrettable est que le Conseil français du culte musulman, instance légitime sur ce dossier, n’ait pas déjà initié une consultation. Il pouvait le faire. Rien n’empêche d’ailleurs que le CFCM s’associe à ces assises territoriales et apporte sa propre vision de la réforme qu’il doit porter. Nous sommes presque à la veille des élections du CFCM en 2019. L’UMF (L’Union des mosquées de France réunit 700 mosquées) avait demandé depuis longtemps au CFCM d’organiser ces discussions et qu’une réflexion sur l’organisation du culte musulman soit ouverte. Il aurait fallu que toutes ces fédérations mènent cette réflexion au sein de leurs instances régionales pour pouvoir sortir avec des propositions et organiser un séminaire. Cela n’a pas été fait. A côté de l’immobilisme du CFCM, des initiatives surviennent ici et là. Nous avons reçu dernièrement, deux jours avant une réunion, les statuts d’une nouvelle association cultuelle qu’il nous a été demandé de valider. La raison aurait voulu qu’une consultation plus en profondeur ait lieu avant cela. Nous avons néanmoins et à cette occasion réitéré notre demande qu’un séminaire sur la réforme du CFCM soit organisé.
"L’islam est une religion de proximité"
L’expérience montre qu’il est plus simple de réformer une instance existante (CFCM) sur des points précis plutôt que de partir dans l’inconnu d’une nouvelle instance représentative. Ce serait un retour en arrière de vingt ans, avec l’istichara de 1999. Le CFCM peut se réformer s’il ne se renferme pas sur les fédérations et s’ouvre sur les mosquées. Il doit s’ouvrir davantage aux musulmans de la base.
Dans son projet de réforme, l’UMF propose de partir des départements et d’une logique de proximité. Ceci dit, malgré tout ce qu’on peut dire sur le CFCM, c’est un acquis pour les musulmans. Il est inefficace et il faut lui donner les moyens de son efficacité. Le maillon manquant est départemental. L’islam est une religion de proximité. Elle se gère localement. Le modèle pyramidal du haut vers le bas ne fonctionne pas, il faut une assise plus large. Même la région est un niveau territorial trop large pour être géré.
Mettre en place des outils d'évaluation
L’expérience montre en tous les cas qu’il est plus simple de réformer une instance existante (CFCM) sur des points précis plutôt que de partir dans l’inconnu d’une nouvelle instance représentative. Ce serait un retour en arrière de vingt ans, avec l’istichara de 1999. Le CFCM peut se réformer s’il ne se renferme pas sur les fédérations et s’ouvre sur les mosquées. Il doit s’ouvrir davantage aux musulmans de la base. Cette réforme doit reposer sur deux jambes. Une jambe gestionnaire, celle qui dialogue avec les pouvoirs publics et qui œuvre à l’organisation du culte. Une autre jambe qui est l’institution religieuse qui doit œuvrer à la réflexion et à la production de discours intellectuels et de sermons qui définiront les contours d’un islam français, avec la création de conseils régionaux des imams qui émaneront des départements. Il est navrant que sur des questions de bioéthique nous ne puissions pas avoir de discussions au niveau départemental. Les imams peuvent organiser un séminaire. Pour inverser la donne et pour que les imams qui ne sont pas formés prennent conscience de leur retard, il faut les réunir régulièrement dans un espace de dialogue qui leur est dédié. Il faut également mettre en place les outils de formation qui permettront à ces imams d’évoluer. Sans outils d’évaluation, il ne peut pas y avoir d’évolution. Une fois cela acquis, soit l’imam évoluera, soit il laissera sa place à plus compétent que lui."
Mohamed Moussaoui
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