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Kamel Meziti : plaidoyer pour le djihad authentique, vecteur de vivre-ensemble 2/2

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Dans la seconde partie de son texte, Kamel Meziti, auteur du livre « Mission djihad », dénonce la dérive des djihadistes et leur violation du code de l’honneur établi par le Prophète, tout en rappelant que la lutte contre les passions de l’âme est dans la tradition musulmane l’ultime djihad et que le djihad armé ne relève pas des finalités de la shari’a.

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Ainsi, la notion de « djihad » en islam, réduite, travestie, instrumentalisée par les uns et les autres, est bien éloignée du sens que les médias en donnent aujourd’hui. Le djihad en tant que combat armé, n’est pas au centre de la doctrine musulmane. La guerre proprement dite est traduite par d’autres vocables : harb ou qitâl et n’est en fait qu’un acte secondaire du véritable djihad que tout musulman doit mener continuellement et sans répit jusqu’à la mort dans sa lutte contre ses propres passions. Il faut distinguer le « grand djihad » (al-djihad al-akbar) et le « plus petit djihad » (al-djihad al-asghar). Selon un célèbre hadith, lorsque les compagnons interrogèrent le Prophète sur le sens du « plus grand djihad », il répondit : « Le combat des serviteurs d’Allah contre leurs vains désirs. » Les quelques versets coraniques relatifs à la guerre sur plus de 6200 (avec notamment le verset 29 de la Sourate 9) ne peuvent servir de caution pour légitimer la violence et encore moins le crime. Ils ne sauraient être instrumentalisés pour conclure à une quelconque violence intrinsèque à l’islam. Ils ne peuvent être appréhendés hors du contexte historique de leur révélation, dans la péninsule arabique du 7e siècle.

Les véritables recommandations du Prophète sur la guerre

Lorsqu’elle ne peut être évitée, la guerre en islam est soumise à un code éthique. Ainsi, Le Prophète a interdit formellement de tuer les enfants, les personnes âgées, les femmes, les malades, les religieux, les combattants ennemis qui se rendent, les animaux (si ce n’est pour les consommer). Il a aussi proscrit la mutilation des morts, la destruction des synagogues, et des églises, des maisons, des végétaux (arbres, plantes…) ; il a, en outre, ordonné le bon traitement envers les prisonniers. La Bible comprend elle aussi des passages d’une extrême violence[1], ce qui ne remet aucunement en question le message d’amour intrinsèque du Christianisme ou du Judaïsme. L’ignorance et la manipulation arbitraire des Écritures génèrent des contre-sens et des dérives tragiques. Soumettre le Texte à ses propres turpitudes et autres pulsions de mort, cela s’est déjà vu dans l’histoire, dans toutes les religions, sous tous les cieux.

Opposer l’islam de la paix à l’islam de l’épée

L’Inquisition n’est pas dans les Évangiles, le terrorisme n’est pas dans le Coran. Le djihad renvoie à « l’effort sur soi-même » et non à une supposée « guerre sainte » destinée à la conquête ou à l’élimination de l’autre, à l’annihilation de l’altérité. Il participe d’une vision humaniste visant l’épanouissement personnel et un vivre-ensemble harmonieux. Dès lors qu’il devient inévitable, le djihad armé, qui relève exclusivement des prérogatives des pays musulmans (et non de groupes ou groupuscules), ne vise ni à combattre les gens pour leur non-acceptation de l’islam, ni à les contraindre à l’embrasser.

Les djihadistes ne sont pas les héritiers du Prophète : ils sont la progéniture de Ibn Sabbah, gourou de la secte des assassins du XIIe siècle. L’extrémisme violent qu’on appelle djihadisme n’a pas de religion. Face au chaos et à la violence, l’alternative est d’unir la famille humaine

À ceux qui font l’apologie d’un soi-disant « islam de l’épée », il faut opposer l’islam authentique de la Paix, souillé par les terroristes. Par l’assassinat d’innocents, l’enlèvement et la prostitution de jeunes filles, par le trafic d’armes et de stupéfiants, le suicide d’hommes et de femmes prisonniers de l’ignorance, l’endoctrinement, les lectures littéralistes mortifères… La mort est leur métier, leur passion, leur identité, leur savoir-penser morbide, leur seul savoir-faire sanglant.

Les 5 finalités de la shari’a

La jurisprudence islamique classique fixe les objectifs et finalités supérieurs de la religion au nombre de cinq. Il s’agit de préserver la religion (ed-dine), la vie humaine (en-nafs), la raison (al ‘aql), la progéniture ou filiation (an-nasl) et les biens des personnes (al mâl). Les djihadistes ne sont pas les héritiers du Prophète : ils sont la progéniture de Ibn Sabbah, gourou de la secte des assassins du XIIe siècle. L’extrémisme violent qu’on appelle djihadisme n’a pas de religion. Face au chaos et à la violence, l’alternative est d’unir la famille humaine. Et nous sommes tous appelés à agir ensemble pour défendre les valeurs de justice, de fraternité et de solidarité pour promouvoir un vivre-ensemble profondément écorché par les assassins et les haineux en tout genre. Le vrai djihad place l’Homme et sa dignité au centre ; les djihadistes sanguinaires trouvent leur confort dans la posture du bourreau et dans l’anathème. Ils cultivent la mort ; les autres récoltent le deuil et la désolation. Ils prétendent être la main armée de Dieu. Ils n’incarnent en rien une prétendue « revanche de Dieu » ; ils sont l’instrument de la revanche du diable, n’en déplaise à certains «intellectomanes» et autres spécialistes cathodiques du djihadisme.

Kamel Meziti

[1]    Nb 31 : 16 ; 17

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