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Kamel Meziti : plaidoyer pour le djihad authentique, vecteur de vivre-ensemble 1/2

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Kamel Meziti est historien et auteur de plusieurs ouvrages : « Dictionnaire de l’islamophobie » (Bayard, 2013) et « Mission Jihad » aux éditions Les points sur les I. Dans une tribune écrite au vitriol, l’auteur dénonce avec rigueur et volontarisme l’imposture des djihadistes et rappelle la noble essence du djihad en islam.

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S’il est une notion galvaudée, parmi tant d’autres, quand on parle d’islam, c’est bien celle du « djihad ». Il faut revenir à sa définition initiale qui met en avant le combat que chaque individu doit se livrer à soi même pour se rendre meilleur. Les djihadistes qui ensanglantent le monde sont ces acteurs terroristes, adeptes d’une pseudo « guerre sainte » ciblant l’annihilation de l’Homme, créature noble que Dieu lui-même a honorée selon la formule coranique. La simple évocation du « djihad » convoque des hordes barbares et destructrices en provenance du Sud, scandant « Allahou akbar », l’avancée conquérante d’un islam imposé par le glaive, affabulation historique générale démentie, même par un Voltaire en son temps : « Ce ne fut point par les armes que l’Islamisme s’établit dans plus de la moitié de notre hémisphère, ce fut par l’enthousiasme, par la persuasion, et surtout l’exemple des vainqueurs, qui a tant de force sur les vaincus… »[1].

Ne réduisons pas une religion à ses extrémistes

La notion de djihad est souvent réduite à la guerre, au recours aux armes dans le but d’imposer la foi islamique dans les manuels d’histoire, chez de nombreux orientalistes ou encore sous la plume d’écrivains déclinistes, islamophobes en vogue. Et aujourd’hui encore des littérateurs à la mode développent leurs thèses ou plutôt foutaises d’un islam conquérant, d’une violence qui serait consubstantielle à cette religion. Par un simplisme pathétique on réduit des terroristes à leur appartenance supposée à l’islam faisant endosser à ce dernier des crimes qu’il condamne ! Hitler était ce monstre responsable du génocide des juifs et des tziganes avant d’être chrétien ; les dirigeants Serbes étaient exterminateurs de plusieurs millions de musulmans en Bosnie avant d’être orthodoxes ; les Conquistadors espagnols derrière leurs atrocités commises contre les Incas et les Aztèques, étaient en second lieu catholiques…

Pourquoi un traitement de défaveur pour l’islam ?

On pourrait multiplier les exemples à l’infini de ces glissements dangereux, de ces amalgames outranciers qui contribuent à jeter l’anathème sur l’ensemble d’un groupe ou d’une communauté sans s’encombrer de détails. Chaque fois que la folie des hommes a pris en otage la religion, cela a donné lieu à des drames voire des tragédies.

Si le Coran évoque bien le « combat dans le chemin d’Allah » dans le sens guerrier du terme (djihad fi sabîli-Llah), celui-ci n’est légitimé que dans le cas de guerre contre des pays musulmans et pour faire barrage aux oppresseurs

Pourquoi un traitement toujours différencié dans le cas de l’islam ? Pourquoi retenir que les djihadistes sont des musulmans avant d’être des barbares sanguinaires ? Les préjugés ont la dent dure et sont parfois confortés par le poids de l’histoire, les logiques géopolitiques assassines…  Les djihadistes comme les islamophobes, dans une alliance objective, balaient d’un revers de main le message de Paix de l’islam et l’histoire d’une civilisation islamique florissante sur laquelle se sont édifiées la Renaissance et les Lumières. Chaque camp développe sa vision binaire, étriquée d’un monde manichéen («Eux contre Nous»), validant la guerre des religions et le choc des civilisations. Si le Coran évoque bien le « combat dans le chemin d’Allah » dans le sens guerrier du terme (djihad fi sabîli-Llah), celui-ci n’est légitimé que dans le cas de guerre contre des pays musulmans et pour faire barrage aux oppresseurs.

Pas de contrainte en religion

L’usage de la force est autorisé, mais seulement à des conditions très strictes, dans le cas de la légitime défense et non pas de la violence aveugle, de la loi du plus fort ou de la vengeance. Il y a une multitude de versets pacifiques dans le Coran et pourtant certains ne retiendront que quelques versets belliqueux, présents dans des sourates post-hégiriennes. En outre, nul n’est autorisé à faire usage de la force pour rallier les non-musulmans à l’islam : « Pas de contrainte en religion ! La voie droite se distingue de l’erreur »[2]. « Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il égare qui Il veut ; Il dirige qui Il veut. Vous serez interrogés sur ce que vous faisiez » [3]. Au risque de proférer une banalité, le meurtre en islam, à l’instar de toutes les religions, est une abomination : « Ne tuez pas la personne humaine, car Allah l’a déclarée sacrée. » (Coran, S 6, V 151). Par ailleurs, le Coran met clairement en garde contre la profanation des lieux du culte (Coran 22-40).

Kamel Meziti

[1]     Œuvres complètes, Volume 3. L’utilisation du terme « islamisme » pour dire « islam » aura cours jusqu’au début du 20e siècle.

[2]     Coran 2-256

[3]     Coran 16-93