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Faouzia Zebdi-Ghorab : l’écriture, l’écrivain et l’écrivant

Ecrivain et essayiste, enseignante diplômée d’un DEA consacré au « thème de l’exil dans la philosophie Ishraqi », auteur de l’ouvrage « Le jeûne protestataire, martyre ou damnation ? », une étude de référence sur le thème de la grève de la faim, Faouzia Zebdi-Ghorab a également consacré plusieurs de ses chroniques littéraires à des sujets en lien avec une réflexion sur l’écriture, la poésie ou l’art. Dans ce texte que Mizane.info publie avec son aimable autorisation, Faouzia Zebdi-Ghorab invite tout un chacun à donner libre cours à son amour de la langue, des mots et à se laisser conduire librement à l’écriture, au gré de ses envies et de ses inspirations, sans crainte des protocoles, jusqu’à trouver sa propre voie et son style personnel.

Il y a des passions qui animent les êtres si profondément qu’elles ne manquent pas de se préciser au cours d’une vie. À la mesure d’un pianiste, passionné d’un instrument majestueux qui, au fil des jours, apprendra à dompter la musicalité de ces touches noires et blanches ou de ses cordes, pour devenir très prochainement un musicien que tous se plairont à écouter, l’écriture s’apprivoise car elle est parfois récalcitrante et souvent exigeante.

Quand l’art de l’écriture balaie les différences…

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À chaque époque, ses progrès, ses avancements, son histoire. Au sein de notre période contemporaine, malgré ce que pourront en dire les penseurs sceptiques, nul ne peut contester un affaissement des frontières culturelles, pour notre plus grand plaisir. Prenons le temps ici de revenir sur cette formidable avancée, celle qui permet aujourd’hui à l’art, le pensée, la littérature ou la philosophie de se préciser au sein de toutes les cultures, de vaguer au gré de ses envies au sein de tous les horizons.

Il y a quelques années de cela, probablement plus quelques centaines d’années de cela, l’art ou les belles lettres comme on disait, se voulaient un privilège, un privilège accordé à ceux qui pouvaient faire étalage de revenus. En s’arrêtant un tant soit peu sur les plus grands écrivains des siècles passés, combien d’entre eux faisaient étalage de revenus modestes ? Quelques centaines d’années plus tard, les révolutions étant passés par là, l’histoire contemporaine ne cesse de démontrer que oui, tout le monde doit pouvoir accéder à ce droit universel…

Je me souviens d’une époque où ma mère et tant d’autres mères surement, révérait le simple fait de savoir écrire, écriture qu’elle élevait à sa façon au niveau d’un art majeur ; “art” que beaucoup maitrisent aujourd’hui sans en exploiter les ultimes pouvoirs.

Parce que la réalité de l’écriture et sa beauté se situent là, personne ne naît écrivain, pas moins qu’un enfant aussi riche soient sa famille, ne naît en sachant jouer par cœur la suite en sol majeur de Bach à la perfection

On ne compte plus les histoires merveilleuses, porteuses de tant d’espoirs de tous des génies doués de talents et de passions, qui ont su s’élever au sein de la foule pour dans un moment de silence et d’extrême solitude coucher sur les papier ces mots que nous pouvons encore lire aujourd’hui.

L’écriture jouit de cette liberté, émancipée de la seule existence par les privilégiés de ce monde, au XXIe siècle, l’écriture est libre, libre de traverser les frontières, d’écraser les différences et de s’inviter aussi bien au sein d’un salon cosy du Paris chic, que dans la chambre d’un adolescent rêveur qui se sent parfois coincé au sein du petit appartement de sa mère…

Rendre l’écriture accessible à tous

Si l’on comprend désormais à quel point l’écriture peut aujourd’hui être domptée par tous, cette dernière fait aujourd’hui encore, face à de nombreux préjugés, autant de stéréotypes qui continuent de la cantonner au sein de carcan qu’elle ne demande pourtant qu’à briser de mille mots… Parce que l’écriture, certains la pensent encore dédiée uniquement à toutes celles et tous ceux pour qui les mots n’ont aucun secret, toutes ces personnes douées en orthographe, capables de faire sortir de la pointe de leurs stylos, des phrases qui résonnent, des mots qui sonnent et des pensées qui retentissantes… Et pourtant, pourtant tous ces doués de l’écriture, n’ont-ils pas commencé un jour, à poser ici et là sur une feuille blanche, d’une main tremblante et d’une plume hésitante, leurs premiers mots, ceux-là mêmes qui allaient devenir l’écho de milliers d’autres…

L’art de l’écriture, ou l’art de devenir écrivant !

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Faouzia Zebdi-Ghorab.

Au cours de mon chemin, au fil des rencontres que la vie m’a apporté, j’ai souvent rencontré des personnes qui souhaitaient pouvoir écrire-comme vous probablement-, certaines avaient même une idée très précise de ce qu’elles voulaient écrire, des mots qu’elles voulaient poser. Mais toutes faisaient état de freins imperceptibles et pourtant si violents qui les empêchaient d’écrire leurs premiers mots ! Elles tournaient alors vers moi un regard mêlant inquiétude et questionnement cherchant à entrevoir dans mon regard la recette pour pouvoir écrire…

Y-a-t ’il, pour autant, une recette miracle, qui vous permette d’écrire encore et encore, sans discontinuer, de trouver, dès les premières pages, les mots que vous souhaitez, ceux qui sauront assurément retranscrire vos pensées ? Si ce n’est l’art de s’exercer au fil des jours, d’écrire encore, d’écrire toujours…

Certains me faisaient part, lors de nos échanges si enrichissants de leurs défaitismes perceptibles à leurs mines défaites et la lueur bien terne de leurs regards… Ils me demandaient « A quoi bon écrire ? Après tout, je ne suis pas écrivain ! » Je ne tardais alors pas à entrevoir la détresse de leurs cheminements, à comprendre leur égarement, et plus encore, je redoublais de persuasion pour leur faire comprendre que c’est en écrivant que l’on devient écrivain, et non l’inverse !

Illustre écrivant…

Parce que la réalité de l’écriture et sa beauté se situent là, personne ne naît écrivain, pas moins qu’un enfant aussi riche soient sa famille, ne naît en sachant jouer par cœur la suite en sol majeur de Bach à la perfection. C’est la pratique, sans relâche qui amène le talent dans quelque domaine que ce soit.

Vous deviendrez écrivant quand les mots n’auront eu de cesse de s’inscrire en vous, de virevolter devant vos yeux, de résonner en vous

C’est ainsi, l’écriture sans discontinuer qui amène une personne à devenir un écrivant qui s’affirmera peut-être comme écrivain. C’est en écrivant que l’on peut appréhender l’écriture. C’est en noircissant des feuilles que l’on peut comprendre l’art de l’écriture, que l’on peut la dompter pour découvrir, plus important encore, SON écriture… Parce que si vous êtes en admiration devant certains écrivains, ceux-là mêmes qui n’ont de cesse de vous raconter des histoires, vous êtes avant tout sous le charme de leurs écritures. Comme je crois en la sincère singularité de chaque être humain, je crois en la capacité de tous les passionnés de l’écriture de trouver en eux, à force d’écrire, sans se décourager, leur propre écriture…

Alors, si vous êtes à la recherche de conseils pour devenir écrivain, comprenez bien ce point essentiel, vous deviendrez écrivain ou plus simplement écrivant quand vous l’aurez choisi.

Vous deviendrez écrivant quand les mots n’auront eu de cesse de s’inscrire en vous, de virevolter devant vos yeux, de résonner en vous.

Vous deviendrez écrivant quand vous aurez rencontré l’amoureux des mots en vous, cette partie de vous-même qui assurément a une foule d’histoire à raconter.

Vous deviendrez écrivant, quand vous aurez pris le chemin de l’écriture pour raconter tout ce que vous souhaiterez… Parce que personne ne nait écrivain, et plus encore, parce que l’écriture vous appartient aussi, indubitablement !

À vos plumes, à vos stylos, à vos carnets, à vos claviers, peu importe à vrai dire, mais à vos écrits !

Faouzia Zebdi-Ghorab

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