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17/07/2019
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Dans l’Inde nationaliste du BJP, « les musulmans sont des étrangers »

Le gouvernement de l’Etat fédéral de l’Uttar Pradesh tente d’isoler le Taj Mahal du patrimoine culturel indien. Une position emblématique du parti nationaliste hindou du BJP foncièrement hostile à la présence musulmane et à cinq siècles de gouvernance islamique du sous-continent.

Rassemblement de nationalistes du BJP, le parti au pouvoir en Inde.

Mausolée de marbre blanc classé parmi les sept merveilles du monde, le Tāj Mahal a été construit par l’empereur moghol musulman Shâh Jahân en mémoire de son épouse Arjumand Bânu Begam. Débuté en 1631, il fut achevé en 1648. Patrimoine incontestable de la culture indienne, témoignage impérissable de la présence musulmane historique dans le sous-continent gouverné durant cinq siècles par des dynasties musulmanes de l’Empire Moghol, cet héritage est aujourd’hui menacé par la politique du BJP.

 

« Le fanatisme a aveuglé le gouvernement »

Ce parti nationaliste hindou farouchement hostile à la présence musulmane en Inde semble bien disposé à éliminer toutes traces historiques de cette présence. En témoigne les déclarations des officiels indiens. « Notre gouvernement est nationaliste et religieux. Or, le Taj Mahal n’est le symbole d’aucune religion. » Cette déclaration, rapportée par RFI, émane du ministre de la Culture de l’Uttar Pradesh, l’Etat où se trouve le monument le plus célèbre de l’Inde.

Qutub Minar, à Delhi, est le plus grand minaret de briques au monde. Construit au 14e siècle, il mesure 72,5 mètres de haut.

Il y a peu, le ministre en chef de la région, Yogi Adityanat, un prêtre hindouiste, donnait le change à son ministre de la Culture en alléguant à son tour que « le Taj Mahal ne représentait pas la culture indienne et qu’il fallait arrêter d’offrir des miniatures du mausolée aux dignitaires étrangers ». Des mots aux actes, la référence au mausolée a été évacué du guide régional distribué aux touristes.

Le fait que l’histoire indienne ait une importante présence moghole perturbe ceux qui sont attachés à l’idéologie hindoue extrémiste

Rajeev Saxena, le président de l’office touristique indien (the Tourism Guild of Agra) a qualifié ce retrait de décision « folle et immature » allant jusqu’à déclarer au site d’information Arab News, que « le gouvernement est en train d’attaquer l’économie touristique et viole le mandat du peuple ». Même son de cloche chez Sanjay Sharma, président de la Fédération indienne du tourisme (the Tourist Guide Federation of India) qui a déclaré que « le fanatisme a aveuglé le gouvernement ».

La Chaminar est l’une des plus grandes mosquées indiennes avec ses quatre minarets. Elle est située dans la ville d’Hyderabad, a été construite en 1591 et mesure près de 50 mètres de haut.

Selon certaines estimations, 400 000 personnes vivraient de l’économie touristique générée par la visite de 8 millions de touristes chaque année. Pour le député de l’opposition Sanjay Jha, ces signaux politiques du BJP participent d’une entreprise révisionniste de purification du passé indien de son empreinte musulmane. « Ceci est symptomatique d’un état d’esprit idéologique plus profond. C’est la manifestation du ressentiment de BJP envers l’histoire de l’Inde. Le fait que l’histoire indienne ait une importante présence moghole perturbe ceux qui sont attachés à l’idéologie hindoue extrémiste ». Pour le BJP, dit-il, « les musulmans sont des étrangers » dans leur propre pays.

Le suprématisme historique hindou, une vieille antienne britannique

D’après Manan Ahmad Asif, qui a consacré un long article historique en anglais sur ce sujet dans les colonnes de nos confrères du site Wire, cette politique hindoue aurait des racines dans la politique coloniale de l’Empire britannique qui justifia la colonisation de l’Inde comme un rétablissement légitime de la souveraineté politique des Hindous après des siècles de domination musulmane. Par l’entremise d’une caste d’historiens et de savants britanniques dévolus à la tâche immense de définir les arguments d’une légitimation de l’entreprise coloniale de leur pays par le truchement de la philologie et de thèses sur les racines communes des langues indo-européennes partagées par les Anglais et les Hindous, cette vulgate fut employée d’autant mieux que les bastions de résistance au pouvoir britannique étaient le fait de régions comme le Sind, majoritairement musulmanes. De leur côté, les voix politiques du BJP tentent, face au tollé, de calmer le jeu et parle à propos des guides touristiques de documents provisoires. Des éléments de langage qui n’ont visiblement convaincu personne.

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« Hindouisme et soufisme – une lecture du confluent des deux océans »

« Arts d´islam », Gaston Migeon

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