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Cologne : une manifestation contre le terrorisme boudée par le DITIB

Samedi 17 juin, à Cologne, les musulmans d’Allemagne étaient appelés à manifester « contre la violence et le terrorisme au nom de l’islam ». Un appel resté lettre morte (1000 personnes auront fait le déplacement) après le refus du DITIB, la principale organisation de l’islam turc outre-Rhin, d’y participer. Explications.

Lamya Kaddor et Tarek Mohamad n’auront pas réussi leur pari : rassembler tous les musulmans d’Allemagne autour d’une manifestation contre le terrorisme.

Lamya Kaddor.

Ces deux activistes qui se réclame d’un islam libéral (l’une est enseignante de religion islamique et responsable d’une association Libérale-Islamique, l’autre est un militant) étaient à l’initiative d’une manifestation soutenue par le Conseil de coordination des musulmans ce samedi 17 juin « contre la violence et le terrorisme au nom de l’islam » pour laquelle ils attendaient 10 000 manifestants. Un échec manifeste puisqu’un dixième seulement aura fait le déplacement. La raison ? Le refus du DITIB, organe représentant la Direction des affaires religieuses turques (Diyanet) en Europe et regroupant 900 mosquées allemandes, d’y mettre son grain de sel. Invité à y participer, la puissante institution turque de l’islam a répondu par une fin de non-recevoir dans un communiqué publié le 14 juin. « Les demandes de manifestations anti-terroristes “islamiques” stigmatisent les musulmans et réduisent le terrorisme international à eux, à leurs communautés et aux mosquées : cette forme de culpabilisation est une mauvaise voie et un mauvais signe qui accroît les tensions de la société », y est-il dit en substance d’après La Croix.

Les développements en Turquie n’ont pas épargné le DITIB ni même la politique allemande

Le DITIB a invoqué par ailleurs la difficulté des conditions liées au jeûne du Ramadan, des contraintes d’un défilé de plusieurs heures marqué par de fortes chaleurs et a critiqué la faiblesse des « pourparlers préliminaires », tout en soulignant ses nombreuses prises de positions publiques dénonçant le terrorisme. Le DITIB a également critiqué un événement à « courte vue, ostensiblement mue par un sensationnalisme médiatique et politique, et non pas par les besoins et désirs des musulmans » et à rappeler que ceux-ci n’étaient pas « une monnaie d’échange ».

Des arguments « usées jusqu’à la corde »

La mosquée de Cologne est gérée par le DITIB.

Ces réactions de l’officine turque en Allemagne ont, manifestement, été très mal accueillies par les autorités politiques et religieuses allemandes. La ministre fédérale de l’intégration, Aydan Özoguz, a qualifié la décision de « très regrettable ». Le porte-parole du groupe SPD évoque une « occasion manquée » et l’écologiste Cem Özdemir parle d’excuses « usées jusqu’à la corde ». Soutenant sans réserve la manifestation, le Comité central des catholiques allemands (ZdK) a exprimé pour sa part son « incompréhension » face à cette décision du DITIB tout en soulignant que ce dernier avait déjà condamné dans le passé les attentats. Il déplore néanmoins ce refus qui pourrait avoir « un caractère dévastateur, surtout dans la situation sociale actuelle ». Pour Aiman Mazyek, du Conseil de coordination des musulmans, cette frilosité des autorités religieuses turques serait le contrecoup de la situation politique extrêmement tendue en Turquie. « Les développements en Turquie n’ont pas épargné le DITIB ni même la politique allemande (…) Les structures et les processus de dialogue se sont durcis au grand dam des fidèles. Je le regrette beaucoup », a-t-il confié au Rheinische Post.

L’échec du libéral-réformisme musulman en Allemagne

Seyran Ates est avocate et féministe. Elle a fondé la mosquée libérale Ibn Ruschd-Goethe à Berlin.

Au-delà de ce retrait du DITIB, la marche du 17 juin a marqué un autre échec, celui de la tendance libérale-réformiste dépassée par les prises de positions controversées de ses partisans à l’instar de Seyran Ates, Lamya Kaddor ou Mouhanad Khorchide. Prises de position qui se sont cristallisées dernièrement autour de la polémique née autour de la mosquée libérale Ibn-Rushd-Goethe, installée à l’intérieur de l’église protestante Saint-Jean (St. Johannes) de Berlin, ouverte aux minorités sexuelles (gay, transgenre) et minorités religieuses (chiites), et interdite aux femmes en niqab. « Fondamentalement, la porte de la mosquée est ouverte à tous, à une exception près : personne ne viendra en niqab ou en burqa (…) pour des raisons de sécurité, et nous croyons que le voile à visage plein n’a rien à voir avec la religion, mais plutôt une attitude politique » avait déclaré à ce propos l’avocate féministe Seyran Ates. Une ligne religieuse libérale à la fois ultra-minoritaire et radicale, perçue par les musulmans d’Europe comme provocatrice sur les minorités sexuelles et en rupture totale avec l’orthodoxie religieuse, mais bien accueillie dans l’intelligentsia européenne précisément pour cette scission.