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Abdelaziz Chaambi et Sonia Nour exclus d’un festival sous pression de laïcards

Les militants antiracistes Abdelaziz Chaambi et Sonia Nour, initialement invités à participer au « Moussem Festival de l’immigration et la tricontinentale », organisé à Gennevilliers par le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP) et l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), ont été finalement mis à l’écart. Cette exclusion a été le fruit de groupes de pressions sur Tweeter proche des milieux laïcards. Selon un article du Parisien, ces activistes du twittos ont ciblé le maire communiste de la ville en l’accusant de collusion avec des milieux islamistes. Ce dernier a tenté d’apaiser cette campagne  de censure publique en leur répondant que « chacun a droit à la liberté d’expression. » Mais la polémique a eu des conséquences auprès des organisateurs.

Le retrait du FUIQP du Moussem

Selon le quotidien français, Nasser El Idrissi, membre de l’ATMF, aurait été mal à l’aise avec la présence des deux invités et aurait reconnu être « encore en train de réfléchir » à leur venue. « Nous n’étions pas au courant. Nous discutons entre nous. Nous ne savons pas encore s’ils seront présents. » Une réaction en lien avec le fichage S d’Abdelaziz Chaambi et la sortie maladroite de Sonia Nour sur le « martyr » d’un djihadiste impliqué dans un attentat. Cette déclaration de Nasser El Idrissi a poussé le FUIQP à se retirer de l’organisation du Moussem.

Nous ne permettons aucune division et/ou incrimination des militants de l’immigration et des quartiers populaires, nous refusons de nous faire bâillonner par la fachosphère de gauche comme de droite

Il s’en est expliqué en ces termes sur sa page facebook et dans un communiqué : « Aujourd’hui, et malgré que le FUIQP soit co-organisateur du Moussem, nous nous retirons de l’événement. En effet, suite à des pressions racistes et islamophobes, venus notamment de proches du « Printemps Republicain », l’ATMF (collectif co-organisateur de l’événement), a décommandé les intervenants AbdelAziz Chaambi, président de la Coordination contre l’islamophobie (CRI), et Sonia Nour, de la mairie de La Courneuve. Nous ne permettons aucune division et/ou incrimination des militants de l’immigration et des quartiers populaires, nous refusons de nous faire bâillonner par la fachosphère de gauche comme de droite. »

« La conscience tranquille et les mains propres »

De son côté, Abdelaziz Chaambi a rappelé que l’information de son fichage S par les autorités venait de son propre chef et qu’elle visait à protéger les militants de toutes dérives policières de l’Etat. Militant historique antiraciste (CRI), figure emblématique d’un islam citoyen et engagé en France (CMF), leader politique actif dans les actions politiques au sein des quartiers populaires, Abdelaziz Chaambi avait découvert son fichage S (radicalisation) par les autorités. Une mesure de représailles policière inscrite dans les dérives de l’état d’urgence dont de nombreux militants tous bords politiques ont été victimes. « Je tiens à rappeler que personne n’était au courant de ce fichage, et c’est moi même qui ai décidé de le rendre public en dénonçant  ce fichage, que j’aurai pu faire supprimer par des démarches officieuses, mais j’ai refusé. J’ai choisi d’entamer une procédure devant le Conseil d’Etat en vue d’obtenir une jurisprudence, et protéger ainsi d’autres militants et militantes d’autres causes ou d’autres courants politiques face à l’arbitraire d’Etat (…) Je milite depuis 42 ans sans jamais avoir agi dans l’illégalité et avec la conscience tranquille et les mains propres », a-t-il déclaré. Après l’annulation d’un colloque sur l’islamophobie à Lyon 2, la mise à l’écart de Rokhaya Diallo du Conseil numérique et les pressions d’extrémistes laïcards pour faire interdire les spectacles de l’humoriste Yassine Belattar, cette nouvelle affaire démontre une nouvelle fois l’ampleur des ressorts multiples et des pressions exercées par des courants hostiles à la présence et à l’expression publique de Français de culture ou de confession musulmane. Des dérives à l’Etat de droit qui n’ont pour le moment fait l’objet d’aucune condamnation.

A lire sur le même sujet :

« L’Islam et la France : De Napoléon à René Guénon », Didier Ali Hamoneau

« L´islam imaginaire – la construction médiatique de l´islamophobie en france 1975-2005 », Thomas Deltombe

« La question musulmane en France », Bernard Godard